Bolivie – Uyuni et La Paz
Ce n’est pas sans une petite appréhension, dimanche 3 décembre au matin, que nous quittons San Pedro d’Atacama.
Le tour de 3 jours et 2 nuits qui doit nous emmener jusqu’à Uyuni suscite de nombreuses réactions quand on parcourt les blogs et autres commentaires sur internet.
En gros, les inconvénients majeurs : des conducteurs pas très prudents, et des véhicules parfois en triste état, qui conduisent à des pannes et des accidents. Des statistiques (ou légendes urbaines ?) font état d’un nombre significatif d’accidents mortels ces dernières années. L’autre point dur, c’est la première nuit à 4000m, dans un refuge sans chauffage, où beaucoup ne ferment pas l’œil de la nuit à cause du froid et du mal des montagnes (qui se traduisent principalement par des maux de tête). L’un dans l’autre, une mauvaise nuit nous parait un moindre mal.
Notre groupe étant constitué de jeunes et de moins jeunes, on préfère jouer la carte de la sécurité en passant par les agences qui jouissent de la meilleure réputation. Le critère principal : que l’agence ait un bureau à la fois à San Pedro et à Uyuni, sans quoi les agences de San Pedro ne font que revendre le tour au mieux disant côté Bolivien (les chauffeurs de 4X4 sont exclusivement boliviens), et les recours sont limités une fois arrivé à Uyuni. Et il n’y a que 3 agences à San Pedro qui répondent à ce critère : Estrella del Sur, Cordillera Traveller et Atacama Mystica (Tierra Mystica côté bolivien). Nous passerons par cette dernière, non tellement par choix, mais parce que les 2 autres sont bookées – élection ce dimanche en Bolivie où le vote est obligatoire, et certains chauffeurs, qui n’ont pas fait les démarches qui vont bien, ne sont pas disponibles.
Leur agent à San Pedro, Julio, n’a pas un physique pour nous mettre immédiatement en confiance : un barbu un peu négligé affublé d’un embonpoint (dans la gueule dirait mon frère - je suis toujours privé d’oxygène), quand Charlyne l’a aperçu dans son local, après qu’on eut essuyé des refus dans les 2 autres agences, elle a hésité à faire demi-tour. Mais comme quoi les apparences sont trompeuses, Julio va s’avérer être un vendeur rassurant et un accompagnateur prévenant et diligent jusqu’à la frontière bolivienne – le seul, sur 4 départs de l’hôtel, qui soit arrivé à l’heure.
Arrivés à la frontière bolivienne, à 4200m au pied du volcan Licamcabur, alors qu’une longue queue poirote devant le guichet, Julio, qui semble connaître l’un des douaniers, va s’occuper de faire tamponner nos passeports, pendant que nous faisons connaissance avec Danielo, notre chauffeur pour les 3 prochains jours. Faire connaissance est un bien grand mot, car, comme nous avait averti Julio, Danielo ne parle que le « basic English ». C’est-à-dire « yes » et « no », encore que le « no » soit commun avec le castillan. Heureusement nous avons, en la personne d’Irène, une brillante hispanophone qui va nous permettre de communiquer un minimum avec Danielo, qui sera un excellent conducteur (mieux que Dustin Hoffman, O2), et un guide fort sympathique, quoiqu’assez réservé.
Une fois les sacs chargés sur le toit du Toyota Land Cruiser dernier cri (à peine 350 000 km…), nous faisons nos adieux à Julio, et c’est parti pour 3 jours d’explosion rétinienne.
Quelques photos, même de qualité moyenne, vaudront certainement mieux que de longs discours.
A 4000m, l'équipe de Quetena Chico perd rarement à domicile. Le volcan de Uturunku (et leur taux de globules rouges) leur porte chance
Pour ce lama nouveau né, qui tient difficilement sur ses pattes, c'est plutôt à nous de maintenir une distance respectueuse...
Ce que nous retiendrons particulièrement :
- La diversité des paysages : certains endroits nous rappellent l’ouest américain (Canyon de l’Anaconda, Vallée de Rocas), d’autres la Patagonie (Laguna Verde / Bianca), d’autres ne ressemblent à rien de ce qu’on a pu voir jusqu’à aujourd’hui (Laguna Colorada, désert de Dali, Salar d’Uyuni)
- Le foisonnement de la faune : vigognes, lamas, flamands roses, nandous… nous ne sommes jamais plus d’une heure sans apercevoir quelque chose. On va même croiser la route d’un viscache, sorte de croisement entre un gros lapin et un écureuil, perché sur un rocher. Et plus improbable encore, Charlyne va apercevoir sur la piste un tatou des Andes, on va s’arrêter et pouvoir le voir de près avant qu’il ne s’enfuie à toutes pates dans la brousse. Au final on verra beaucoup plus d’animaux que d’hommes sur les 2 premiers jours.
- Un bain dans des sources chaudes avec personne d’autres que nous, devant une lagune de flamands roses. Pas aussi élaboré que les Termas Geometricas de Pucon, mais un grand moment quand même !
- On est allé plus haut que le Mont Blanc ! Les geysers dont j’ai oublié le nom se trouvent à 4900m, avec un passage, sur la route qui y mène, à 5000m.
- Les 3 cyclistes français rencontrés près de la frontière bolivienne, qui roulaient depuis Lima et qui descendaient vers San Pedro. Après notre périple de 3 jours déjà bien éprouvant en 4x4, on se dit qu'il y en a qui ont du mérite...
Concernant l’acclimatation, nous avons tous eu, excepté Adrien, un peu mal à la tête le premier soir ou la première nuit, mais sans plus. Et le froid est un problème uniquement en hiver, à vrai dire nous avons même plutôt eu chaud la première nuit sous les tonnes de couverture que nous avions préventivement empilées sur nos lits.
Le seul regret sur ces 3 jours sera le salar d’Uyuni lui-même. Trop d’attente sans doute sur ce lieu dont nous avions vu de nombreuses photos. Mais de mémoire, toutes les photos sont prises sous un beau soleil qui rend le salar éclatant. Et si nous étions bien éclatés par notre réveil à 4h30 pour voir le soleil se lever, une bonne couche de nuage nous a privé du spectacle. L’autre déception du salar, après 2 journées passées presque seuls dans des décors sublimes (on croisait au mieux un 4x4 toutes les heures), c’est l’affluence due notamment aux tours à la journée au départ d’Uyuni. Ce n’est pas non plus la foule, mais la fin du périple à Colchoni, un village sans charme où vont s’entasser des dizaines et des dizaines de 4x4 pour acheter des souvenirs dans les échoppes installées là pour la circonstance, nous déprime un petit peu.
Danielo nous déposera à l’agence où nous stockerons les valises pour quelques heures avant de prendre un bus de nuit pour La Paz. Le peu de temps que nous passons à Uyuni nous dispense de regretter d’y passer la nuit, rien de bien attrayant a priori.
La Paz
Le bus de nuit devait arriver à 6h, et malgré les 30 minutes de retard au départ, nous nous retrouvons à 4h30 dans la froide gare routière de La Paz. Pour une fois un peu de retard n’aurait pas été malvenu…
La capitale la plus haute du monde va se réveiller ce matin-là avec une bien triste nouvelle : Johnny nous a quitté. Autant se le dire, en Bolivie, ça ne semble pas trop les affecter, la journée va suivre son cours comme si de rien n’était. C’est moche, mais je ne suis pas sûr que la disparition de Luis Rico causerait beaucoup d’émoi à Paris non plus.
C’est donc le cœur lourd (comme les paupières) que nous allons arpenter les rues de La Paz, avec « les portes du pénitencier » qui tournent en boucle dans nos têtes.
Compte tenu de sa topographie, le métro est remplacé ici par des téléphériques. On y gagne indéniablement sur la vue sur la ville, c’est un super moyen d’appréhender les différents niveaux (entre 3200m et 4000m) des différents quartiers. Par contre en terme d’interconnexion, ça laisse à désirer : le plan que l’on nous fournit à l’hôtel montre un quadrillage parfait, mais la moitié des lignes n’est pas encore construite… Du coup on fera une interconnexion en taxi, et là le contraste est saisissant : d’un téléphérique flambant neuf, parfaitement entretenu, et peu fréquenté, on va traverser, sur les hauteurs, un quartier nettement plus… pittoresque. Le taxi, un peu plus grand que la moyenne, nous certifie que l’on peut monter à 6. Il nous ouvre son coffre, je m’apprête à y mettre mon sac à dos, mais c’est en fait pour y faire monter les enfants. On traverse ensuite différents marchés, dont un marché de voyants, constitué de minuscules boutiques devant lesquelles les spécialistes préparent un brasero, avec des fœtus de lama accrochés au-dessus des portes. La route goudronnée laisse vite place à de la terre parsemée de grandes flaques de boue, où notre taxi avance cahin caha, klaxonant à tout va pour se faire une place dans la circulation anarchique. Le tout en plein milieu de la ville, juste à côté de l’aéroport, c’est assez saisissant.
Après avoir arpenté dans tous les sens les téléphériques, et fait une bonne balade dans le centre historique, le reste de la journée sera essentiellement consacré à l’organisation des prochaines étapes. Après 3 jours de sevrage de wifi entre San Pedro et La Paz, on avait un peu de rattrapage à faire !
Notre passage en Bolivie aura donc été plutôt bref, nul doute qu’il y ait beaucoup d’autres choses à découvrir dans ce pays, du côté notamment de Sucre et sur l’autre versant des Andes, vers l’Amazonie. Mais le timing est un peu serré, nous avons nos billets pour le Machu Pichu réservés pour le 10 décembre, il est donc grand temps, en ce jeudi 7 décembre, de prendre la direction du Pérou – où j’ai bien peur que les fans de Johnny soit là encore une denrée aussi rare qu’une bonne baguette de pain.s
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