Chili 2/2 – Santiago, Valparaiso et Atacama
2 décembre 2017. Après 4 jours à San Pedro, dans le désert d’Atacama, nous nous apprêtons à quitter le Chili, pour rejoindre la Bolivie toute proche et Uyuni. Le trajet de 3 jours en 4x4 dans l’altiplano s’annonce grandiose, mais après ce que nous avons vu dernièrement au Chili, une question me taraude : ne risquons-nous pas d’épuiser notre capacité d’émerveillement ? De ne plus être ébahis devant le paysage qui s’offrent à nous, car celui de la veille était mieux ?
Pour l’instant en tout cas pas de problème à ce niveau, même chez les enfants. Et je ne parle pas des grands-parents qui nous ont rejoint depuis une semaine. Voilà en tout cas ce qu’ils ont pu voir depuis leur arrivée.
Je précise que l’essentiel des lignes qui vont suivre seront écrites à plus de 3500m, on pourra donc toujours mettre sur le compte de la faible oxygénation du cerveau leur manque de clarté ou d’intérêt…
Santiago
Santiago, son aéroport, sa gare routière, et puis direction Valparaiso. Au retour de Valparaiso : sa gare routière, son aéroport, et direction Calama, pour rejoindre San Pedro d’Atacama. Donc Santiago ne devrait pas laisser beaucoup de souvenirs à Irène et Joël… Quant à nous, nous y avons passé une journée avant leur arrivée, et nous y repasserons une journée avant de rentrer en France, donc on fera le bilan à ce moment-là. Voilà un paragraphe fort intéressant. Oxygénation.
Valparaiso
Difficile de ne pas tomber sous le charme de cette ville. Ou en tout cas de son quartier touristico-artistique.
Notre slogan « Chili, temps pourri » à la vie dure, on va passer nos 42h sur place (pourquoi cette précision ? oxygénation…) sous d’épais nuages et souvent de la brume, qui limitent les beaux points de vue depuis les collines (les fameuses « cerro ») et ternissent quelque peu les couleurs des maisons et des graffitis.
Qu’importe, même dans la grisaille, Valparaiso envoie du bois (O2). Sur les Cerro Alegre (là où les marins faisaient la fête en bonne compagnie) et Cerro Concepcion (là où ils allaient se faire pardonner leurs pêchers), c’est un peu le paradis du touriste. Quantité de logements abordables et plein de charme. Des restos, cafés, bars de toutes sortes avec souvent de superbes vues. Et des rues tortueuses, assez peu fréquentées par les voitures, entrecoupées d’escaliers étroits, où il fait bon se perdre (surtout quand on a Mapsme dans la poche au cas où). Et partout des murs peints, dont l’œil ne se détache qu’à regret, en général pour éviter de marcher dans une crotte de chien, le seul point noir (ou plutôt marron, O2) de ces quartiers, les chiens quoique errants étant eux-mêmes plutôt sympathiques.
Après une première balade et la visite de l’excellent musée Neruda, qui occupe sa maison de Valparaiso, nous allons suivre un tour en français avec ValpoTop, qui propose des « freetour » : pas d’inscription, et pourboire à la fin au bon vouloir de chacun. Ca vaut le coup, entre l’histoire de la ville, son architecture, et les différentes fresques dont certaines très récentes ou encore en travaux, un peu d’explication est le bienvenue. Notre jeune guide va nous tenir en haleine pendant 3h30, et même les enfants ne verront pas le temps passer, gage de la qualité du tour s’il en est.
Quoiqu’il en soit, Valparaiso mérite largement d’y passer 2 nuits. Et pour ceux qui souhaite en faire aussi une étape gastronomique et/ou festive, 3 ou 4 jours ne seraient sans doute pas de trop. Mais la suite du programme est serrée, il est temps de prendre de l’altitude.
San Pedro de Atacama
Situé à 2400m, en plein désert d’Atacama et au pied des Andes, on pourrait se demander ce qui fait de San Pedro l’un des villages les plus touristiques du Chili. Le village en lui-même, en dehors de sa place centrale ombragée et agréable, consiste surtout en une enfilade d’agences (apparemment 250 en tout, ça inclut peut-être les agences uniquement web), de résidences pour touristes et de restaurants aux prix occidentaux. Un peu dans le même style, mais sans le charme de Jeri, et manifestement en expansion continue.
Alors pourquoi y aller ?
Parce que San Pedro permet d’effectuer tout un tas d’excursions pour découvrir le désert, le salar, les volcans des Andes, des lagunes, et d’autres paysages aussi magnifiques qu’improbables. Nous nous sommes longuement interrogés sur les tours à effectuer, l’agence avec qui y aller et l’ordre dans lesquels les faire – certains sites sont à plus de 4000m, mieux vaut éviter d’y aller trop tôt à causes du mal des montagnes. Mais au final on pense avoir fait plutôt de bons choix.
Excursion # 1 : Lagunes Miscanti et Miniques et Pierres rouges
Il faut commencer doucement le premier jour, aller progressivement en altitude.
Premier tour après une nuit à San Pedro : 4200m. On pourrait penser qu'on est inconscient, mais on s’est laissé convaincre par l’agent de Flamingo, un français qui organise des tours avec des guides francophones, et qui nous dit d’entrée jeu : "si vous pensez partir vers Uyuni samedi (nous sommes mercredi soir), mieux vaut aller directement assez haut dès demain". Dis autrement : inutile de retarder la souffrance... Le tour vers les Pierres Rouges monte effectivement assez haut, mais la montée est progressive, et l’on ne va rester que 2h environ au-dessus de 4000m.
A l’aller, nous nous arrêterons à la lagune Chaxa, dans le salar d’Atacama, où l’on va observer des flamands roses. Très chouette, et on peut en voir d’assez près.
La lagune près de pierres rouges. Au début on pensait aller se baigner, mais les conditions de température et de vent à 4200m ne sont pas réunies...
Côté faune, nous allons également découvrir au cours de la journée la vigogne, cousine du lama, qui vit là où pousse une herbe qui peut également servir d’altimètre, puisqu’on la trouve qu’à partir de 3700m.. Autant je n’ai jamais trouvé le lama très beau ni très sympathique, peut-être à cause d’Hergé, autant la vigogne est leste et gracieuse, rappelant davantage une biche ou une antilope que son pataud cousin. Nous apercevrons également des nandous, sorte de petites autruches, ainsi que de nombreuses espèces d’oiseaux. Bref pour les animaux, on a beau être dans le désert, c’est la fête.
Le principal de la journée consiste en 2 spots : une première lagune, peu profonde et offrant de magnifiques dégradés de couleur, et autour de laquelle se trouve des pierres riches en fer qui tirent vers le rouge (d’où le nom du site, piedras rojas, attention on devient balaize en espagnol). Très joli, une douzaine de minibus et cars sur un espace relativement grand, on profite quand mêm bien du paysage. Le deuxième spot consiste en 2 lagunes, Miscanti et Miniques, plus étendues et plus profondes, entourées de volcans et avec des flamands roses dans la deuxième lagune, de toute beauté. Nous ferons une petite marche le long de la première lagune, sur la fin je force un peu le pas avec Alice sur les épaules, et j’ai très vite un rappel sur le fait que nous sommes à 4200m : essoufflement comparable à l’arrivée d’un sprint au niveau de la mer. En dehors de ça et quelques maux de tête passagers, on s’en sort plutôt bien pour cette première journée en altitude.
Excursion #2 – vallée de la Lune et de Mars (Marte, dérivé en Muerte, vallée de la mort...)
San Pedro doit certainement une partie de son succès à la proximité des multiples formations géologiques que l’on trouve là. Pour aller les découvrir, le tour le plus populaire consiste à partir vers 4h de l’après midi pour finir au coucher de soleil sur la vallée de la Lune. Seul bémol, il y a des centaines – parfois plus d’un millier – de personnes à faire ce tour chaque jour, et les points d’observation (comme les parkings) ne sont pas si étendus. Même si le spectacle doit être splendide, on préfère fuir la foule et faire la visite à contretemps le matin, avec l’agence Locaventura. Et là pour le coup c’est complètement désert, et non moins beau.
Nous faisons la visite avec Didier, patron de l’agence et géologue de formation. Je pense que pour un géologue, la vallée de la Lune doit être à peu près comme la station spatiale pour un astronaute, ou encore comme Hawaï pour un surfeur : un passage obligé. Sur quelques kilomètres, on aperçoit tous les mouvements de terrains possibles (j’ai pas tout retenu : en spirale dans l’amphithéâtre naturel, des « plis », des écartements, …) qui ont été créés par la prise en étau entre les Andes et la cordillère de la côte. Le tout est relevé d’une touche de sel qui recouvrent de blanc une partie de la vallée, et un arrière-plan magnifique entre le Salar et les montagnes. On découvre également des dunes géantes où certains s’essayent au « sandboarding », une grotte de cristaux de sel où il faut jouer des mains pour en sortir, et des formations rocheuses sculptées par le vent qui ressemblent à trois sœurs en prière. La visite se termine en début d’après- midi, et ça nous a tellement plu qu’on décide de faire une excursion supplémentaire avec Locaventura le lendemain.
Joël à l'assault des caves de sel, dans un décors qui nous rappelle Antelope Canyon. La foule en moins.
Excursion #3 – Geyser d’El Tatio
Avec la vallée de la Lune, c’est l’autre grand classique à San Pedro. Et toutes les agences partent à 4h30 du matin, pour arriver sur site au moment où les geysers sont les plus actifs. Locaventura se démarque des autres agences en ayant des tours plus complets, plus originaux, et en étant toujours sur les lieux quand il n’y a personne ou presque. Et sur ce coup-là, 2 gros avantages : 1/ On va dormir une heure et demi de plus, 2/ On arrive sur le site des geysers au moment où tous les cars s’en vont, le site est pour nous ! Et les geysers sont toujours bien là, ce n’est qu’au moment de repartir, après un copieux petit-déjeuner devant le spectacle, que les débits commencent à tomber significativement.
Nous enchainerons avec des geysers de boue, encore plus impressionnants, et situés à un endroit où aucun tour ne se rend (accès un peu compliqué). Accueil VIP par un groupe de vigognes, rien à redire. Nous bouclerons par 2 autres lieux insolites et ignorés des tours :
- Une rivière alimentée par des sources chaudes où l’on peut se baigner. On aura quand même un peu de mal à trouver des endroits où l’eau est à plus de 20° sans être non plus audessus de 50°C, mais une baignade dans une rivière à 4200m est toujours bonne à prendre.
- Une balade dans un canyon bordé de cactus géants. On nous dit qu’ils poussent d’un centimètre par an, on en conclut que certains ont plus de 500 ans.
On ne peut pas dire que les guides de Locaventura soient étouffés par la modestie, mais il faut reconnaître que leurs excursions sont vraiment un cran au-dessus du lot. Leurs tarifs aussi d’ailleurs, mais c’est sans doute le prix à payer pour être à l’écart de la foule dans des endroits exceptionnels.
Cette 3ème excursion, qui impliquait une montée assez rapide à 4300m, nous rassure quant à notre adaptation à l’altitude. Nous confirmerons donc notre tour pour Uyuni, qui inclut une montée à 5000m et une nuit à 4000m, pour le lendemain.
Notre grand regret à San Pedro : ne pas avoir pu faire de tour d’observation des étoiles. On est en effet assez loin d’être suffisamment pointu dans l’organisation du voyage pour prendre en compte les cycles de la lune. Et malheureusement, nous séjournerons à San Pedro en plein pendant la pleine lune, soit la seule période où les conditions d’observation sont médiocres – et les tours suspendus. Ceci étant, même à l’œil nu, nous avons eu et devrions encore avoir l’occasion de voir de beaux ciels dans les jours qui viennent… et surtout une belle lune !
On souhaite également de beaux ciels étoilés à Nix pour sa traversée de l’atlantique à la rame, départ tout prochain du Sénégal pour rejoindre la Guyane. L’altitude ne devrait pas dépasser le niveau de la mer, mais au niveau des lumières parasites ça devrait être pas mal ! Allez Nix, va décrocher la lune !
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