Pérou – Lac Titicaca, Cusco et le Machu Picchu
Comme la Bolivie, le Pérou va être pour nous une courte étape. A Pucon, j’avais discuté avec une voyageuse au long cours qui m’avait longuement parlé de ce pays : « Le Pérou, c’est trop génial, mais j’ai dû le faire en mode hyper speed, je n’avais qu’un mois ! ». Alors en 5 jours, j’imagine que c’est une blitz visite.
Lac Titicaca
A la Paz, on trouve des bus qui vont directement à Cusco. Mais nous allons opérer une scission lors de ce trajet, entre ceux qui veulent faire une pause Titicaca (je n’ai plus l’excuse de l’oxygène, il faut que je me ressaisisse), et ceux qui veulent directement filer à Cusco. Ce sera les garçons d’un côté (Joël, Adrien et moi) pour une nuit d’aventure dans les Uros à côté de Puno, et les filles (Irène, Charlyne et Alice) de l’autres pour aller faire les boutiques et repérer les bons restos à Cusco – ne voyez aucun stéréotype dans mes propos.
Après 7h de voyage depuis La Paz (2h pour sortir de la ville, 1h de route, 2h pour passer la frontière, 2h de route à nouveau), nous quittons donc le bus à Puno dans des adieux déchirants. Notre escale pour voir le lac Titicaca et visiter les Uros, les îles en roseaux situées devant Puno, est largement improvisée, mais c’est souvent ce qui marche le mieux. La veille, en cherchant un hôtel à Puno, j’ai vu qu’il en existait aussi sur les Uros, et j’ai donc booké une chambre dans l’un d’eux, le Summa Paqari. Il existe sinon des formules avec visite et nuit chez l’habitant, mais vu notre heure d’arrivée, on aurait été le bec dans l’eau pour faire ça le jour même. Et franchement, même si on avait eu le temps, on ne va pas regretter notre choix.
Un taxi nous récupère à la gare routière (j’adore voir une pancarte à mon nom quand j’arrive quelque part…), et nous amène, dans un style de conduite tout à fait local, jusqu’à l’embarcadère n°2. Le n°1, c’est un ponton avec des gros bateaux. Le n°2, c’est un plan incliné en terre battue, mais situé juste en face des Uros. De là Vidal, notre hôte, vient nous récupérer avec un bateau à moteur, qu’il manœuvre en face d’approche avec une perche. Premier contact chaleureux, et bonne surprise, Vidal parle très bien anglais. Après une courte traversée dans un dédale d’eau entouré de roseaux, nous arrivons sur son île, en gros un carré d’environ 20m de côté, où l’on trouve une petite dizaine de construction : 4 ou 5 chambres, une salle à manger, des toilettes, une douche, et les logements des habitants, qui sont tous là pour nous accueillir : sa femme, son père, et Rudy, son fils de 3 ans, qui va vite sympathiser avec Adrien. Autant dire que l’ambiance est assez différente d’un hôtel classique, d’autant qu’il n’y a que nous cette nuit-là !
Adrien et Rudy au milieu de l'ïle. Mondialisation oblige, c'est autour d'un tablette qu'ils se retrouvent (on passera quand même vite à une partie de foot...)
Vidal nous emmènera ensuite faire un tour de cet archipel insolite. Les visites classiques sont terminées à cette heure-là, c’est donc dans un calme olympien que nous faisons un tour commenté des îles en roseau (habitation, crêche, école, magasin, restaurant pour touristes, chacune de la petite centaine d'îles a une fonction) qui forment une espèce de cercle avec les eaux du lac Titicaca au milieu. Mais c’est le calme avant la tempête, à la fin de notre parcours, le vent va se lever, et des orages commencent à éclater sur Puno. Après un bon dîner, c’est sous des trombes d’eau et dans une ambiance de tempête en mer (notre chambre dispose d’une grande fenêtre qui donne directement sur le lac, et l’île tangue un peu) que nous allons nous coucher, à 19h…
Le lendemain au réveil, à 5h30, le calme et le soleil (encore levant) sont de retour, les Uros offrent un spectacle magnifique. Les adieux sont aussi chaleureux que l’accueil, toute la famille est de nouveau présente, et toujours aussi souriante, même à cette heure. On quitte presque à regret cet endroit improbable, et la famille de Vidal dont on n’oubliera pas de sitôt le sourire bienveillant.
Tant qu’à passer une journée dans le bus entre Puno et Cusco (7h en direct, les filles ont aligné 14h de bus la veille…), nous optons pour la formule touristique, qui inclut 4 arrêts sur des points remarquables du parcours, avec un guide à bord.
Joël devant l'église de Raqchi, entourée des inévitables échoppes de souvenirs - comme à tous les arrêts de la route touristique entre Puno et Cusco.
Notre premier arrêt, non prévu au programme, est lié à un accident sur la route, entre un van et un poids lourd. Si les occupants du van, couché sur le bas-côté, ont semble t’il pu être évacués, le conducteur du poids lourd, lui, va vite nous faire passer les blagues que l’on faisait le matin même dans le taxi sur le style de conduite des péruviens. Coincé dans sa cabine, il semble que son évacuation ne soit déjà plus un sujet d’urgence. Ca calme, mais entre l’état des routes, des véhicules et la façon dont conduisent la plupart des gens, difficile d’être étonné.
Les autres arrêts, non dénués d’intérêt, ne sont pas non plus transcendants, et notre guide parle un anglais tellement mauvais que je comprends mieux quand il s’exprime en espagnol. On va tout de même voir Pucara (le musée, le site n’est pas accessible), les ruines Inca de Raqchi, et surtout l’église d’Andahuaylillas, la chapelle sixtine des Amériques, avant de rejoindre Cusco, la Rome des Amériques. Il n’y en a que pour l’Italie au Pérou.
Cusco
Et franchement, même si Cusco n’est sans doute pas comparable à Rome, le fait est qu’elle mérite largement de s’y arrêter quelques jours.
La capitale de l’empire Inca, que les espagnols ont largement détruite et reconstruite, avec notamment de nombreuses églises, à tout pour plaire aux touristes que nous sommes : de beaux bâtiments, de belles places, des ruines incas à proximité, des petites rues sympas, des boutiques, des musées, des restos, des cafés, des marchés… Bref, se perdre dans le centre historique de Cusco a tout d’une expérience agréable. Le seul petit point négatif : on est vite repéré comme touriste, et alpagué très régulièrement par des gens qui veulent vous vendre un bibelot, un brossage de chaussure, à manger, etc...
Un autre moyen de découvrir la ville, c’est de prendre un peu de hauteur à Saqsayhuaman, une ancienne forteresse Inca qui domine Cusco, et où le dernier Inca résista aux espagnols avant d’abandonner la ville. Depuis le centre historique, il faut une petite demi-heure pour rejoindre la forteresse. Ca monte bien, et on est à 3400m, donc un peu physique tout de même, mais très sympa. La construction est saisissante par sa taille et sa forme, avec 3 rangées de remparts en dents de scie les unes au-dessus des autres. Les pierres sont ajustées au millimètre près, et l’on se pose la fameuse question que l’on se posera à chaque nouveau site inca : « mais comment ont-ils fait pour trimballer et tailler ces énormes pierres ? ». De l’autre côté de la forteresse, la vue sur Cusco est magnifique, on peut voir tout le centre historique et repérer la route pour le retour…
Les ruines de Saqsayhuaman, depuis le trône de l'Inca - où Alice vient de laisser 2 dents (de lait)...
Machu Picchu et Ollantaytambo
On peut faire l’aller retour au Machu Picchu depuis Cusco en une journée, mais cela à 2 conditions : accepter qu’elle soit très longue, et si vous voulez y aller en train, prendre ses billets bien en avance. N’ayant pas rempli la deuxième condition, et voulant quand même y aller en train, nous avions réservé des billets au départ d’Ollantaytambo, situé à peu près à mi-chemin entre Cusco et le Machu Picchu. Et nous ne regretterons pas ce choix, même si j’ai jamais réussi à dire le nom de cette ville sans m’emmêler. D’abord parce que cela rend la journée au Machu Picchu beaucoup plus cool, en évitant 3 ou 4h de transport supplémentaire. Et ensuite parce qu’Ollantaytambo mérite clairement une halte.
Il s’agirait de la seule cité Inca, aujourd’hui habitée, qui ait gardé son architecture initiale. Le cœur de la ville est constitué de ruelles étroites (et de fait, uniquement piétonnes) bordée de hauts murs en pierre, avec des canaux qui s’écoulent un peu partout. Si l’on ajoute les ruines de la forteresse Inca sur l’un des versants de la montagne et d’autres ruines avec de magnifiques points de vue sur l’autre versant, il n’y a certes pas à regretter d’y passer deux nuits.
Vue depuis les ruines sur les hauteurs côté est d'Ollantaytambo. En bas la ville et ses étroites ruelles, et sur l'autre versant la forteresse. Du tout bon.
Pour la journée au Machu Picchu, nous avons suivi les bons conseils de Camille, en ciblant l’après midi. Pour d’obscures raisons, le matin semble être la folie sur le site, alors que l’après midi est étonnamment calme. A notre sortie du site à 17h, on ne trouvera même plus un commerce d’ouvert pour nous vendre une bouteille d’eau !
Arrivé à la gare d’Agua Calientes vers 13h, deux options pour monter au Machu Picchu : prendre un bus, ou monter à pied. Un français rencontré à Chiloé nous avait prévenu : monter à pied, ça a peu d’intérêt, et vous allez arriver au Machu Picchu trempés de sueur. Mais c’est sans compter sur mon taux de globules rouges qui a dû au moins doubler depuis les 15 jours passés en altitude ! Le Machu Picchu n’est « qu’à » 2400m, de la rigolade. Et puis, un des enseignements du ski de rando avec Titof, est qu’on n’apprécie jamais aussi bien un spot qu’au prix d’un minimum d’effort. En l’occurrence, je vais effectivement arriver complètement trempé, et évidemment après tout le monde qui a eu la lucidité de prendre le bus. Mais je vais en tout cas bien apprécier la visite du site – comme tout le monde du reste.
Si l’après midi ne permet pas de faire l’ascension vertigineuse du Huyana Pichu ou du mont Machu Picchu (billets spéciaux, départ uniquement le matin), il reste encore une possibilité de prendre un peu de recul et de hauteur sur le site : remonter le chemin de l’Inca jusqu’à la porte du Soleil (ça en jette non ? « Bougez pas, on va juste à la porte du Soleil par le chemin de l’Inca… »), c’est de là que les randonneurs partis depuis Cusco, et a fortiori les anciens Incas, découvrent le Machu Picchu. La balade est sympa, facile, et offre de beaux points de vue sur le site. Mais à vrai dire, c’est encore depuis les hauteurs du secteur agricole, sur le site lui-même, que l’on fait les meilleure photos, surtout à cette heure de la journée. Pendant que je crapahute avec Adrien, le reste du groupe a réussi à trouver un guide parlant français, qui va faire une visite approfondie et bien documentée de ce qui fut, pour résumer, la résidence secondaire des derniers Incas. Avec la visite du musée du Machu Picchu à Cusco la veille, je pense qu’on est prêt pour l’interrogation écrite.
Quoi qu’il en soit, si les constructions ne sont pas tellement plus impressionnantes que Saqsayhuaman ou la forteresse d’Ollantaytambo, la situation de la cité, sur la crête de la montagne et entourée de pics, en font clairement un spectacle inoubliable. Et il y a certainement aussi, comme pour le Corcovado de Rio ou la pyramide de Chichen Itza, la sensation de rentrer dans un décor bien connu, même quand on le découvre pour la première fois. Et de pouvoir dire : Machu Picchu ? Check !
Il nous faudra une dernière journée à Cusco pour nous remettre de nos émotions (et faire des emplettes…), et faire une nouvelle fois nos valises pour l’ultime étape de notre voyage : l’ïle de Pâque. Pendant ce temps, Irène et Joël, après un stop à Lima, vont rentrer vers la Bretagne. Mais il semble qu’ils aient pris le goût de l’aventure, puisqu’après l’annulation de leur vol retour, ils vont avoir droit à un traitement spécial : vol Lima-Panama, stop de 8h, puis Panama-Madrid, stop à nouveau de 6h, et Madrid-Nantes. 34h de trajet, Uyuni à côté c’était de la gnognotte !
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