Canada – 3/3 – Parcs de Banff et Jasper
Vive le camping !, disait Fernand Raynaud (ça c’est de la référence).
Pas sûr qu’il en ait fait beaucoup …
Jeudi 24 août. J’écris ces lignes alors que nous entamons notre 5ème nuit sous tente. Si vous les lisez, c’est que nous avons survécu, car il n’y a pas de wifi permettant de publier l’article en live. Mais pour l’instant, il est 20h, il fait 13°C, et la température va encore baisser de 10° dans la nuit. Rien de bien méchant, diront les spécialistes du camping en montagne ! Oui sauf que nous, on n’est pas du tout des spécialistes du camping en montagne. Le peu de camping que l’on a pratiqué, c’était en bord de mer, avec des températures assez proches entre le jour et la nuit. Ici non seulement ça tombe la nuit, mais ça tombe aussi d’un jour sur l’autre : hier encore, j’avais 20 ans (je m’égare, c’est la morsure du froid qui monte à la tête), hier encore nous dinions en t-shirt, et ce soir il faut une doudoune par-dessus la polaire.
Que ce soit la version d'Adrien ou d'Alice, on voit tout de suite que cette tente ne tient pas la route...
Donc l’équipement pour la nuit, c’est chaussette haute, collant (ou pantalon, faut pas pousser), t-shirt manche longue et polaire, et la doudoune à portée de main. La première nuit avait également été un peu fraiche, 8° selon la météo, et nous avions pu constater que les duvets que nous avons loués avec l’ensemble du matériel de camping n’étaient pas faits pour affronter le blizzard. Ou c’est peut-être nous qui ne sommes pas (plus ?) faits pour ça…
Parce qu’en dehors du froid, il y a 2 ou 3 trucs auxquels nous n’étions pas non plus complètement préparés. Je ne reviens pas sur le wifi, on est en pleine nature, un peu de déconnexion ne fait pas de mal. Mais pour nous un camping, on imagine un espace de convivialité, une petite supérette à l’entrée, des jeux pour enfants, voire une piscine, etc… Dans les parcs de Banff et Jasper, il y a en gros 3 types de camping :
- Type 1 : un espace vert
- Type 2 : niveau 1 + toilettes + emplacements délimités avec une table et banc en bois
- Type 3 (que l’on qualifiera de luxe) : niveau 2 + douches
Et également 2 systèmes de réservation : soit via le système ad hoc sur internet ou par téléphone (on a un accès plus que limité à l’un comme à l’autre…), soit un principe de « premier arrivé, premier servi ». Sauf que nous nous n’avions rien réservé, persuadé qu’après le 15 août ce serait tranquille, et qu’aucun niveau 3 ne fait partie du système « premier arrivé, premier servi ». Conclusion, on a un peu galéré à trouver des campings pour la nuit (et plus encore pour enchaîner 2 nuits au même endroit), et ce n’est que par chance que nous avons eu, sur les 6 nuits, 2 nuits dans des campings avec douche.
Mais sinon, le camping dans les parcs canadiens, c’est génial !
Ah si, dernier petit point négatif, que m’inspire sans doute le bruit de la pluie que je commence à entendre tomber sur la tente : dans le parc de Banff, il semblerait que tous les campings soient situés à proximité de la transcanadienne, la ligne de chemin de fer établie au début du siècle dernier, et qui continue d’acheminer de nombreux trains de fret. Et croyez-moi le fret, ça roule au moins autant la nuit que le jour, et ça fait du bruit ! Mais j’arrête de râler : là nous sommes à Jasper, pas de train à proximité immédiate (mais on l’entend quand même…), et au rythme où vont les choses la pluie va bientôt se transformer en neige, nous assurant un confortable silence pour la nuit.
Allez, oublions ces petits désagréments insignifiants, revenons à l’essentiel : la nature. Dans les parcs de Banff et plus encore de Jasper, c’est bien ça que nous sommes venus chercher : des paysages spectaculaires de montagne, d’épaisses forêts de pins, des lacs d’un bleu improbable, et bien sûr, des animaux ! Et quoi de mieux que le camping pour rester dans l’ambiance ?
Par exemple, pour les animaux, c’est le défilé. Premier camping près de Banff, on fait connaissance avec un certain nombres d’écureuils plus ou moins farouches, et ce sera le cas dans tous les campings. Troisième camping, près de Jasper, je n’ai pas encore coupé le moteur qu’Adrien entre en transe : « j’ai vu un Bambi, j’ai vu un Bambi !! ». Adrien en transe ne parle plus français, mais nous allons effectivement passer quelques minutes en compagnie de dame biche, qui ira même jusqu’à manger de la mousse dans la main d’Adrien. Et pour le quatrième camping, ce sera un Bambi avec des bois qui nous accueille sur notre emplacement.
Il faut dire que tous les campings où nous sommes allés sont bien intégrés dans la nature : pas de clôture, on est simplement au milieu de la forêt. Du haut du mont Whisler à Jasper, on domine le camping du même nom où nous avons passé 2 nuits, et malgré sa taille (~200 emplacements sur une surface assez étendue), il est difficile de distinguer quoi que ce soit vu d’en haut. Et vu d’en bas, immersion garantie, je suis obligé d’accompagner Charlyne quand elle va aux toilettes la nuit, persuadée qu’elle risque de se faire alpaguer par un grizzli qui ne retrouverait plus son emplacement…
Vendredi 25 août. Nous avons survécu. Il a fait froid, certes, mais nos équipements ont été suffisants pour presque bien dormir. Mais ce soir, pour la dernière nuit de camping, nous allons de Charybde en Scylla : le camping « premier arrivé, premier servi » où nous avions projeté de dormir à proximité de Lake Louise, pour une visite matinale du site, est complet. On est arrivé trop tard. Celui de Lake Louise est complet de longue date, on reprend la route 1 vers l’ouest sur une vingtaine de km pour rejoindre un site avec 2 autres campings sans réservation, et là re-belote, les 2 sont complets. Il est 18h30, ça commence à sentir le roussi. Mais à l’accueil du deuxième (Kicking Horse, camping de luxe avec douche), on nous indique que l’on peut planter notre tente à côté du parking du camping voisin. Et là le tableau : la route 1 à 100m, la voie ferrée à 200m. Et des tentes qui se multiplient dans la lande, on n’est pas les seuls campeurs en détresse !
Cette dernière nuit de camping va être de loin la pire : du bruit en permanence de la route et des trains (même avec des bouchons d’oreille, c’est bruyant !), mais surtout un froid qui va s’accentuer tout au long de la nuit : Charlyne et Adrien finissent avec leurs doudounes et capuches, et j’avoue avoir eu froid à la tête toute la nuit. Seule Alice, bien emmitouflée et coincée entre Adrien et moi, dort comme un bébé. On est presque content de se lever à 6h30. On n’a pas entendu le réveil dans le boucan incessant, mais comme on dormait pas et que le jour commençait à se lever… En pliant la tente, je constate qu’une partie de la toile extérieure est gelée, il ne fait effectivement pas chaud ! En partant vers le lac Louise, la perspective de dormir la nuit prochaine dans un hôtel nous remplit d’une émotion sans doute assez proche de ce qu’a du éprouver Christophe Colomb en apercevant l’Amérique.
Vive le camping !
Mais 6 jours ça suffit.
Et sinon le camping n’étant pas une fin en soi, voici un résumé des escapades qui ont marqué cette semaine :
A faire :
Le lac Louise (parc de Banff) : on a tenté une première fois en début de semaine, sur la route de Banff à Jasper. Mais avec un décollage du camping à 10h, lorsqu’on arrive sur place, c’est l’embouteillage, impossible de se garer sur les parkings à proximité, il faut aller sur un parking auxiliaire à 10 km et prendre une navette. Avec 300 km de route au programme de la journée, on n’insiste pas, d’autant que les bains de foule sont rarement notre tasse de thé. On s’y arrêtera au retour vers Canmore, après notre dernière nuit de camping, et là pour le coup on arrive avant 8h00 sur place. Pas de problème pour se garer, il y a déjà un peu de monde mais suffisamment peu pour profiter de la beauté parfaite du paysage.
Par contre, on arrive tellement rétamé (pas dormi, pas mangé depuis les pâtes à rien de la veille), qu’au lieu de démarrer l’une des randos, on craque complètement, et on va se prendre un petit déj’ buffet au Fairmont Château, l’hôtel de luxe historique qui domine le lac. Ca nous coûte 3 bras (parce que c’est moitié prix pour les enfants), mais c’est un grand moment de bonheur, et vu ce qu’on mange on ne doit pas être loin de rentabiliser. On fera donc la montée jusqu’au lac Agnès, lui aussi de toute beauté, seulement à partir de 9h00, un peu de monde mais c’est supportable. A voir donc, mais de bonne heure !
Le lac Bow (parc de Banff) : nous y ferons une pause déjeuner sur la route des glaciers. Le lac porte vraiment bien son nom pour des francophones, pour Adrien et moi ça nous a fait comme à la claire fontaine, on n’a pas pu résister à la baignade, malgré une eau à 1012°. On aperçoit facilement le glacier et la chute d’eau en contrebas qui alimentent le lac…Un peu de monde mais raisonnable.
Icefield parkway : autant la route 1 entre Vancouver et Canmore, malgré des paysages variés, ne nous a pas transportée (au sens figuré, sinon ce serait ballot…), autant la route des glaciers entre Lake Louise et Jasper vaut son pesant de cacahuètes : des montagnes époustouflantes (des grandes, de petites, des escarpées, des carrées, des grises, des jaunes, des vertes, des blanches…), des lacs aux couleurs surnaturelles (lac Hector, Bow, Peyto), des glaciers impressionnants… Rien que pour la route, c’est dommage de ne faire qu’un seul des 2 parcs entre Banff et Jasper.
Vallée des 5 lacs (parc de Jasper) : toujours sur la route des glaciers, mais cette foisci au retour, nous ferons une halte pour une randonnée facile de 5km. Sauf que nous allons rater une intersection et que l’on en fera finalement une douzaine. C’est paisible (surtout après avoir raté l’intersection, il n’y a plus personne !), et comme on annonce aux alentours la présence d’ours et d’orignaux, l’ambiance est garantie ! Nous n’en verrons pas la queue d’un, mais les 5 lacs aux couleurs variées valent bien le détour aussi, au final une super rando. Seul regret : en passant sur les bords du 1er lac (en fait le lac 5), on a pensé se baigner, mais on s’est dit que ce serait mieux après. Erreur de base, un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, surtout quand on n’a pas d’autre occasion de se laver dans la journée !
Sky tram et Mont Whistlers (parc de Jasper) : même avec une légère brume, les panoramas en haut du téléphérique de Jasper, et plus encore après la courte rando jusqu’au sommet du mont Whistlers, valent le détour. On devinait quand même le mont Robson, point culminant des rocheuses canadiennes, qui se trouve à près de 100 km de là. Nous sommes partis d’assez bonne heure pour éviter la foule, mais même au retour le téléphérique ne semblait pas pris d’assaut. Pas comme à Banff donc.
Petite curiosité animalière : même s’il n’y a plus aucune végétation, on croisait encore des écureuils (plus exactement des spermophiles, mais je trouve ce nom bizarre…), et les enfants ont débusqué une volée de 5 ou 6 oiseaux étranges que l’on a pu voir de près (ils ne volent pas), dont un canadien m’a donné le nom que j’ai tout de suite oublié, mais qui ressemble, pour faire simple, à un croisement entre un pigeon et une poule (là je vends du rêve). Après recherche sur internet, il s’agit sans doute d’un lagopède à queue blanche, ou perdrix des neiges (wouhou !).
Lac Maligne (parc de Jasper) : Encore un superbe lac entouré de montagne, une nouvelle carte postale canadienne, avec plein de rando à proximité, on fera une ballade sympa sur le Mary Schaffer trail.
On retiendra surtout le spot où l’on s’est arrêté déjeuner le long de la route qui mène au lac : aperçu fugitivement en passant sur un petit pont, on fera demi-tour pour venir s’installer sur l’une des rares tables en bord de rivière. Et là encore, au-delà du cadre déjà bien sympa, c’est plutôt la faune qui va capter notre attention : à peine attablés, on aperçoit sur les rochers derrière nous une grosse marmotte qui se dore la pilule. Pas trop farouche, on peut la photographier à loisir tant qu’on reste à une distance raisonnable d’une dizaine de mètres. Alors que je m’escrime avec l’appareil photo rose bonbon d’Alice (le nôtre connaissait quelques ratés depuis Tofino, ça va mieux maintenant), je vois poindre à côté de moi un téléobjectif monstrueux, couleur camouflage, braqué lui aussi sur la bestiole. Je complimente le propriétaire sur la taille de son engin (je crois devoir cette blague à Vincent L.), et celui-ci me répond, d’un air sûr de lui, que la marmotte a des bébés. Là je me demande bien comment, même avec son bazooka, il peut voir ça ?? En fait c’est un photographe qui vient régulièrement, et l’on apercevra peu de temps après le petit – pas beaucoup plus petit que la maman en fait. Je pense qu’on aurait pu faire manger n’importe quoi à Adrien ce midi- là.
Les sources chaudes (Upper Hot Springs à Banff, Miette Hot Springs à Jasper) : quoi de mieux, après une bonne rando, que d’aller se prélasser dans des piscines d’eau chaude ? C’est ce qu’on fera à Banff, pour celles de Jasper on se passera même de la rando préliminaire, le temps étant ce jourlà très incertain avec des orages. Les enfants sont fans, et à vrai dire nous aussi, surtout celles de Miette qui sont plus grandes et moins fréquentées. Seule remarque : 40°C, c’est quand même chaud, quand on sort il faut une bonne douche froide pour se réveiller !
Canmore et ses environs (sud du parc de Banff) : c’est là que nous avons récupéré notre matériel de camping, et c’est là aussi que nous passerons nos 3 dernières journées au Canada. Canmore est une station de ski l’hiver… et l’été aussi, les skieurs de fond chaussent des espèces de roller géant et déboulent sur les pistes bitumées du Nordic Center. Pour nous on en restera au VTT, rando et baignades dans les lacs, avec un temps magnifique et une ambiance très cool. La montagne c’est sympa l’été aussi !
On peut éviter :
Mont Sulphur / Téléphérique de Banff : notre première randonnée dans les parcs nationaux sera sans doute la plus dure. Le téléphérique étant pris d’assaut, nous optons pour une ascension à pied des 700m jusqu’au sommet. On s’en sort plutôt bien, Alice montera jusqu’en haut quasiment sans assistance, et le chemin est plutôt sympa avec les écureuils qui assurent l’animation. Par contre au sommet c’est la foire, plein de monde pour un espace finalement assez restreint. Charlyne et Alice redescendront par le téléphérique tandis qu’Adrien et moi feront la descente à pied en voyant le prix indécent du ticket
Chutes d’Athabasca : notre ultime pause sur la route des glaciers avant Jasper. L’endroit est plutôt sympa mais là encore la densité de la foule nous rebute quelque peu…
On n’a pas fait :
Les promenades sur le glacier Columbia, le rafting sur des rivières pépères (classe 3 et plus réservées au plus de 12 ans), le lac Moraine aux heures de pointe, etc… Ramené à la surface des parcs, le nombre de touristes n’est pas si énorme, mais évidemment il y a quelques attrapetouristes et autres endroits où les cars débarquent à la queue leuleu et que nous avons préféré éviter. Le plus caricatural étant la « Glacier skywalk », que l’on aperçoit le long de la route des glaciers, avec des cars garés à l’arrache et une procession de touristes asiatiques sur une passerelle qui surplombe le vide. Ça nous rappelle le parc de Capilano à Vancouver, en pire…
Des rando sur plusieurs jours : déjà qu’on a eu du mal avec le camping à côté de la voiture, on n’était clairement pas équipés ni préparés pour un trail sur plusieurs jours… Mais en regardant la carte des campings, il y en a une multitude qui ne sont accessibles qu’à pied. Et compte tenu de ce qu’on a pu voir en marchant 2 ou 3 heures, on ose à peine imaginer sur 2 ou 3 jours. Ca fait rêver (enfin, pas tout le monde…), mais ce sera pour une prochaine fois !
Deux styles de randonneurs : les pros qui partent sur plusieurs jours avec leurs gros sacs à dos, et Charlyne avec son petit sac à main... N'empêche qu'on les a déposés !!!
Conclusion Canada
On en attendait beaucoup, et on peut dire que l’on n’a pas été déçu : des paysages fabuleux, des animaux dans leur espace naturel (récap rapide : orque, baleine grise, otarie, lion de mer, marmotte, biche, chèvre des montagnes, écureuil, et autres lagopèdes à queue blanches ! Il n’aura manqué que les ours et orignaux), la Colombie Britannique (et l’ouest de l’Alberta) tient ses promesses de bouffée d’oxygène.
Beaucoup veulent en profiter, et par endroit la concentration de touristes peut un peu rebuter, mais on trouve facilement, dans l’immensité des parcs, des espaces tranquilles pour avoir sa dose d’authenticité. Pas plus tard que ce lundi 28 août, nous avons fait une randonnée au sud de Canmore, autour d’un lac magnifique (on s’est encore baigné, c’est plus fort que nous !) , et nous avons croisé en 3h une douzaine de randonneurs.
Le Canada fête ses 150 ans cette année. Espérons que le morceau du pays que l’on a découvert garde encore pour longtemps ses attraits. Nous avons pu constater une partie des ravages faits par les incendies, cela fait froid dans le dos. Espérons que les prochains étés seront davantage pluvieux, d’autant qu’on n’a pas prévu de retourner camper prochainement !
Un mot sur les canadiens : les bonnes impressions de Vancouver n’ont pas été démenties, les canadiens que l’on a croisés étaient chaleureux et faciles d’accès. Même à la caisse d’un supermarché hier matin, la caissière m’interroge sur mes origines, compte tenu de mon accent (sans doute très british…). Je lui réponds, et le gars derrière dans la queue, qui est Québécois, embraye direct en français : ah bon ! de quel coin ? etc… En fait le seul reproche que l’on pourrait faire aux canadiens, c’est qu’ils ont vraiment des voitures de kékés ! Sans doute un petit avant-goût des américains ??
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