Argentine 2/2 – Terre de Feu et Patagonie
Il y a un an de cela, si quelqu’un m’avait parlé du détroit de Beagle, du Fitz Roy ou du Perito Moreno, j’aurais simplement plissé le front en me demandant de quoi il s’agissait. En fait le seul endroit du sud de l’Amérique qui m’évoquait quelque chose, c’était Ushuaïa. Et honnêtement, le nom d’Ushuaïa m’était surtout familier en raison de l’émission de notre ministre de l’environnement, dont j’avoue avoir été un fan de la première heure (de l'émission).
C’est je pense la seule raison qui nous a poussé à intégrer dans l’itinéraire une étape de 12 jours à Ushuaïa. Ce n’est qu’après qu’on a réalisé qu’il serait judicieux de remonter aussi un peu au nord, et compte tenu des distances, nous avons réservé courant octobre un vol complémentaire entre Ushuaïa et El Calafate.
Et on peut dire qu’au global, dans le sud de l’Argentine, on en a pris plein les yeux. Si je ne veux pas que le texte soit noyé dans les tonnes de photos, il va falloir que je m’accroche à mon clavier. Allez au boulot !
1/ Ushuaïa
Pourquoi venir à Ushuaïa ? Si vous n’êtes pas en partance pour l’Antarctique, la question peut se poser. Mais au-delà de pouvoir dire « je suis allé dans la ville la plus au sud du monde », tampon sur le passeport à l’appui (délivré par l’office de tourisme !), il y a quand même matière à y passer 3 ou 4 jours. Ce sera 4 en ce qui nous concerne, avec 3 journées complètes sur place. Le gros impondérable, c’est le temps. Notre première journée sera plutôt ambiance fin du monde, mais on trouvera quand même de quoi faire. Quant aux 2 autres journées, on va avoir des conditions de dingos (pour paraphraser Christophe P.) et ce sera vraiment magique.
Que faire quand il fait moche à Ushuaïa ?
On peut déjà se balader en ville. C’est ce que nous ferons l’après midi de notre arrivée, un peu au radar après notre réveil matinal. Au-delà du port et de l’avenue principale, pas grand-chose à voir, mais cela offre déjà quantité de restaurants, cafés et bars plutôt sympas, le tout parsemé de nombreux magasins de sports d’extérieur. On se sent un peu comme dans une station de ski, la neige se limitant aux sommets des montagnes qui dominent la ville.
L'alternative (ou dans notre cas le complément) au tampon sur le passeport pour dire "j'y suis allé"
Renseignements pris chez notre hôte sur les choses à voir et les moyens de s’y rendre, on ira également trouver en ville une agence de location de voiture. En fait pour se rendre dans le Parc de Terre de feu ou aller profiter des attractions le long de la RN3, 4 possibilités avec par ordre de prix décroissant : 1/ Un tour organisé, 2/ Le taxi 3/ Le bus, 4/ La voiture de location. Le choix est donc assez vite fait, même si l’agence (Europcar en l’occurrence) se présente bizarrement : une pancarte dans la rue, on rentre dans un immeuble, on suit un long couloir qui débouche sur une porte fermée et un escalier, aucune indication, on monte l’escalier, on arrive dans des bureaux où rien n’indique qu’on est chez Europcar. On est finalement reçu comme chez le médecin, dans un bureau fermé avec des fauteuils, et on ressort 15 minutes plus tard avec les clés d’une Chevrolet bien basique mais tout à fait suffisante pour ce que l’on veut faire.
Notre première matinée est pluvieuse et venteuse, on va commencer par une bonne séance de leçons. Initialement nous avions ciblé une rando qui partait de la RN3 à 20 km de la ville, suivie d’un restaurant de grillades d’agneau à volonté pour se réchauffer ensuite. On a donc laissé tomber la rando, mais pas le resto (Las Cottoras) ! On se régale, et les enfants vont pouvoir également profiter des Huskys juste à côté. La saison n’est pas propice au traineau, mais le propriétaire nous accueille chaleureusement (moyennant un droit d’accès raisonnable), nous offre café et chocolat pendant que les enfants peuvent aller sans crainte saluer chacun des cent et quelques chiens, ce qui prendra une bonne heure.
A notre retour sur Ushuaïa, le temps est toujours bouché mais la pluie a cessé, nous partons sur la « praia larga » située à l’est de la ville, et après une courte distance de piste, nous démarons une balade le long de la mer. La côte est jolie, très découpée et vallonée, et les arbres permettent d’être le plus souvent à l’abri du vent frais qui vient de la mer. La vue sur le canal de Beagle est imprenable, et finalement le temps s’accorde assez bien avec le paysage. On se sent un peu comme sur la côte bretonne en hiver, et on prend un grand bol d’air.
Le soir la pluie se remet à tomber, et vue les températures et les montagnes tout autour, on se dit qu’on risque de se réveiller sous la neige le lendemain. Et on se dit aussi que si le temps ne s’améliore pas pour les deux jours qui viennent, on risque de vite s’ennuyer…
Que faire quand il fait beau à Ushuaïa ?
Le miracle a bien lieu ce samedi 4 novembre : le soleil brille, malgré quelques nuages encore accrochés sur les hauteurs, et il a effectivement neigé pendant la nuit, les forêts en contrebas des montagnes sont toutes blanches. On apercevra même, dans la journée, des traces de skis de rando sur une pente bien enneigée qui domine la ville – des petits malins devaient être à l’affut des dernières chutes pour se régaler. De notre côté on ne va pas chercher les hauteurs, puisque l’on part pour le parc de la terre de feu, situé juste à l’ouest d’Ushuaïa, et qui offre quelques belles randonnées en bord de mer.
Pour le début de la rando, on a mis tous nos vêtements chauds : polaire, doudoune, coupe vent, bonnet, gants… on est au maximum de notre équipement. Mais on va petit à petit, avec la journée qui avance et les températures qui montent (en gros de 3-4° en début de rando à 15-16° en début d’après midi), abandonner des couches. La mer est calme et d’une clarté impressionnante, les paysages de montagnes au loin magnifiques, et la balade, de 6 ou 7 km le long de la mer, un véritable régal. On pique-nique au bout d’une grande plage, l’herbe verte semble avoir été travaillée pour un green de golf, le soleil brille toujours et va même finir par nous laisser quelques coups, et un rapace de belle taille vient parader autour de nous, sans doute en quête des dernières miettes de nos sandwichs. Même les enfants, généralement un peu retors pour la marche à pied, sont ravis de cette escapade dans ce cadre splendide. La fin du monde comme ça, pourquoi pas.
En fin de journée, je pars avec Adrien et Alice rejoindre un terrain de basket que nous avons repéré à proximité de notre logement. On arrive au bon moment, une partie de foot se termine, et les enfants qui restent (une dizaine d’entre eux entre 8 et 14 ans) semblent hésiter sur la suite à donner, n’ayant plus de ballon. Comme nous avons gardé celui que l’on avait acheté au Mexique et que l’on vient de le regonfler, on est bien accueilli, et un match s’engage. On aura juste du mal à l’arrêter après plus d’une heure de jeu ! Non pas que les enfants refusent de nous rendre le ballon, ils auront été super gentils du début à la fin, mais ils semblent vouloir toujours continuer à jouer et on n’ose pas les en priver. En repassant devant le terrain le lendemain soir, on constatera qu’ils se sont dégotés un ballon de basket, comme quoi il n’y a pas que le foot dans la vie !
Si samedi fut une belle journée, dimanche sera magnifique : là pour le coup pas un nuage, et une mer d’huile sur le canal de Beagle. Ce qui tombe fort bien, puisqu’on a réservé la journée pour un grand tour en bateau, qui doit nous mener jusqu’à l’île Martillo, où vivent des colonies de pingouins. Les 80 km de navigations jusque là vont déjà nous en mettre plein la vue : les petits ilôts avec des cormorans et / ou des lions de mer, la vue sur la ville, sur les montagnes escarpées de part et d’autre du canal (au nord, l’Argentine, au sud, le Chili). On apercevra même, côté chilien, la vraie ville la plus australe, Puerto Williams, qui dame le pion à Ushuaïa pour 5 km.
Mais le temps fort de la journée, on s’en doutait, va venir de la visite de l’île des pingouins. Si de nombreuses compagnies proposent des tours sur le canal de Beagle, une seule a l’autorisation de débarquer des passagers sur la réserve de pingouins. C’est plus cher, sans être prohibitif, mais très bien organisé : on prend un bateau plus petit pour rejoindre l’île par groupe de vingt seulement, 1 groupe à la fois. Il y a 2 colonies sur l’île : une quarantaine de manchots Papous, dont on ne pourra pas s’approcher de très près, et une quantité impressionnante de manchots de Magellan, qui sont, début novembre, très occupés à couver leurs œufs dans des petits trous creusés un peu partout juste au-dessus de la plage. Si nous devons rester sur un chemin balisé, on peut malgré tout côtoyer de très près ces petits pingounets. On a pour consigne de ne pas les toucher, mais on pourrait le faire facilement, et ce n’est pas l’envie qui manque à Adrien et Alice ! On va passer près d’une heure au milieu de ces étranges créatures. On apercevra, à un moment, un grand bateau s’approcher du rivage, avec tous les passagers sur le pont scrutant l’île, et on se dit qu’on a bien fait, comme les alliés en 44, de prendre l’option débarquement.
Le retour se fera en bus, et malgré un retour à 17h30, on est tellement contents de notre sortie qu’on enchaîne direct par une petite rando vers le glacier Martial, situé en haut d’une piste de ski au dessus d’Ushuaïa. Nous n’irons pas jusqu’au glacier, mais simplement en haut du télésiège (hors service à cette saison), ce qui va quand même nous permettre de rejoindre les premières neiges et de faire une petite bataille rafraichissante, tout en admirant le panorama en contrebas.
Conclusion : de même qu’il vaut mieux être riche et en bonne santé que malade et sans le sous (dixit Fernand Raynaud, décidément une grande source d’inspiration), à Ushuaïa il vaut mieux du soleil que de la pluie.
2/ El Chalten et le Fitz Roy
On pensait avoir mis la barre assez haute à Ushuaïa au niveau des sorties « nature », mais je crois qu’on va encore passer un cap dans ce coin perdu de Patagonie.
On a beau prendre l’avion en début de matinée, il nous faudra quasiment la journée pour rejoindre El Chalten. A notre arrivée à El Calafete, nous réservons un transfert de 3 heures en bus, départ à 13h. L’organisation, à l’aéroport comme à l’arrivée au « terminal » de bus d’El Calafete, est un peu bordélique. On sera finalement arrivé vers 18h, sous un temps gris et un peu pluvieux, la première impression d’El Chalten n’est pas très bonne.
Mais la chance va de nouveau nous sourire, puisque le temps va se dégager pour nos 2 journées sur place. De toutes les lectures que l’on a faites, les 2 gros problèmes des randonnées au Fitz Roy sont le vent, qui souffle toujours fort, et les nuages qui viennent souvent cacher tout ou partie des sommets. Si les pics du Fitz Roy vont effectivement un peu jouer à cache-cache le premier jour, nous n’aurons en revanche pas de vent, et l’on va ressortir la crème solaire.
Temps dégagé sur le Fitz Roy (les 2 pics en haut à droite) et le Cerro Torre (au dessus de Charlyne), la rando se présente bien ! Le type à gauche, c'est Juanito, notre guide à El Chalten. Charlyne trouve qu'il me ressemble, moi je trouve qu'il ne ressemble à rien avec sa moustache !
Il y a 2 randos classiques au départ d’El Chalten : la première rejoint les Tres lagos, au pied du Fitz Roy, et la seconde rejoint la laguna Torre, au pied du mont Torre, lui aussi particulièrement impressionnant. Les 2 randonnées font une dizaine de km (aller), les dénivelés ne sont pas indiqués mais on doit être autour de 800m pour la première, et 400m pour la seconde. Rien d’insurmontable donc, mais quand même un beau défi avec les enfants.
Le premier matin, au petit déjeuner, histoire de les motiver, je leur lis le blog d’un voyageur autour du monde qui a fait ces 2 randonnées. Il conclut qu’il s’agit des 2 plus belles randonnées qu’il ait fait de tout son périple. Le récit verse un peu dans le lyrisme et la communion avec la nature (ça fait bien rigoler Adrien…), mais il faut bien avouer, avec les photos, ça donne sacrément envie.
On part donc pour nos premières « vraies » randos à la journée, avec là encore tous les vêtements chauds qui vont s’avérer superflus, on sera la plupart du temps en t-shirt, et à la limite avec une polaire. A mi-chemin de la rando vers le Fitz Roy se trouve un lac (lac Capri), avec une petite boucle offrant différents points de vue. C’est là que l’on déjeunera, avant de se séparer en deux groupes : Alice et Charlyne vont rentrer tranquillement, tandis qu’Adrien, remonté comme une pendule, m’accompagne pour la deuxième partie. A part le dernier kilomètre qui monte assez fort, la balade est très facile, et les paysages, comme depuis le départ d’El Chalten, sont absolument splendides.
Je commence d’ailleurs à arriver à épuisement des superlatifs concernant la description des paysages. Si je n’avais pas tant utilisé l’expression « de toute beauté », je n’hésiterais pas. Quoi qu’il en soit à l’arrivée en haut, on va prendre une sacrée claque. La première surprise, c’est que le lac que l’on découvre est gelé, et recouvert de neige. La deuxième, ce sera le lac que l’on aperçoit en poursuivant un peu sur la gauche : pas gelé celui-là, et d’un bleu extraordinaire, encore plus profond que mes souvenirs du Canada. Des glaciers impressionnants un peu partout, nous assisterons même à un petit décrochement, et les pics du Fitz Roy complètent le tableau qu’on passera une bonne demi-heure à essayer d’imprimer sur nos rétines incrédules. On ne traine quand même pas trop, on sait qu’on a du chemin pour rentrer, mais l’enthousiasme donne des ailes, on fera le retour en 2h30 en finissant même au pas de course, Adrien ne donnant aucun signe de fatigue – il continue de parler tout le temps, quelle que soit la réceptivité de son interlocuteur, en l’occurrence erratique.
Pour la deuxième randonnée, c’est Alice qui va se surpasser, en parcourant les 20 km sans sourciller. D’ailleurs, dans les 2 cas, la première chose que vont faire les enfants en rentrant, c’est aller jouer au trampoline devant le bungalow où l’on loge. Après faut pas qu’on s’étonne qu’ils soient pénibles les journées où l’on ne se dépense pas…
La randonnée vers la laguna Torre est elle aussi superbe : paysages variés totalement vierges, nombreux points de vue sur les montages et les glaciers, et arrivée sur un grand lac où flottent encore quelques blocs de glace. Petite déception, l’eau est plutôt marron, et ce n’est pas à cause des nuages, le ciel est parfaitement bleu et les montagnes dégagées. On déjeunera au bord du lac, en discutant avec un couple de français croisés plusieurs fois depuis la veille (ce sont eux qui ont pris les photos d’Adrien et moi au Fitz Roy). Comme nos chemins se croisent (ils viennent de faire le Perito Moreno et vont à Ushuaïa) on échange sur nos expériences respectives et les bons plans à ne pas rater. Sur la journée on doit croiser une grosse centaine de personnes – c’est donc plutôt calme – dont une proportion impressionnante de français, à vue de nez un bon tiers. Pourquoi une telle proportion, je ne me l’explique pas, peut-être la rando a-t-elle été décrétée sport national depuis l’accession au pouvoir d’un candidat en marche ? En tout cas nous ne verrons aucun enfant. A Adrien qui se gargarise d’être le seul de son âge sur les chemins, je répondrais simplement que les autres sont à l’école. Nous allons d’ailleurs avoir un peu de rattrapage à faire à ce niveau-là, le beau temps n’est pas propice à toutes les activités !
L’un des points forts d’El Chalten, c’est qu’il s’agit d’une destination pour le moins économique. Les incursions dans le parc naturel des glaciers est gratuite, et les randonnées, très bien balisées, ne nécessitent pas de prendre un guide. Les supermarchés, qui ressemblent davantage à nos épiceries d’antan, sont ravitaillés par les corbeaux et pas très bon marché, mais dans l’ensemble c’est surement à El Chalten que nous avons le moins dépenser en Argentine. Mais on va vite redonner de l’air à l’économie du tourisme argentin lors de l’étape suivante…
3/ El Calafate et le parc des glaciers
Après une matinée de bus et une après-midi essentiellement consacrées à l’organisation des journées suivantes, nous rentrons dans le dur vendredi 10 novembre : direction le Perito Moreno, situé à 1h30 de route d’El Calafate. Pour découvrir cet impressionnant glacier, 2 groupes et 2 ambiances : Charlyne et Adrien vont partir pour un mini-trek d’une heure et demi sur le glacier, tandis qu’Alice et moi allons l’observer depuis les passerelles situées sur l’autre rive du lac.
Le mode chrome sur Iphone, toujours un succès ! Surtout avec le Perito Moreno en sujet et un peu de soleil.
Marche sur le glacier Perito Moreno - Expérience d’Adrien
« Le glacier est très grand, plus grand que Buenos Aires, la capitale de l’Argentine. Si vous voulez y aller il faut mettre des crampons. C’est une expérience, il fait très froid. On a marché 1h45, ce n’est pas fatigant mais les crampons me font un peu mal. C’est très très beau. On peut même se pencher pour voir le fond de la crevasse. Par moment on aperçoit une petite chute d’eau ou des mares parfois gelées, parfois non.
Le guide était drôle. Il m’a même proposé un verre de whisky ! J’ai refusé mais j’ai accepté de boire de l’eau pure du glacier. Elle était très bonne. Quant à maman elle a essayé de boire le whisky, mais a fini par le jeter dans la mare !
Au retour, on a vu des effondrements du glacier dans le lac, ça faisait un peu de bruit. »
Si la marche sur glace dure 1h30, l’ensemble de l’excursion (traversée du lac en bateau, marche d’approche, équipement, déjeuner, retour en bateau) dure environ 5h. Autant dire qu’avec Alice, on va avoir le loisir d’observer le monstre sous toutes ses coutures. L’entrée du parc naturel est certes payante, et pas donnée (d’autant qu’il faut la repayer chaque jour !), mais le système de passerelles mis en place, qui couvre je crois une distance totale de 4km, est vraiment top pour voir le Perito Moreno, de près et sous différents angles, sans risque et sans piétiner la végétation. C’est, de mon point de vue, plus intéressant qu’une croisière en bateau auprès du glacier, les bateaux ne pouvant de toute façon pas s’approcher (on avait été briefé par le couple de français rencontrés à El Chalten).
Depuis les passerelles, on voit très bien le glacier aussi. Attention, il est interdit de monter sur les rembardes...
Car c’est ce qu’il y a de plus frappant ici, on comprend clairement le sens de cette phrase que l’on entend souvent : « un glacier c’est vivant ». Le Perito Moreno avance de 2m par jour, et quand la zone d’ablation fait entre 40 et 70m de haut, sur plusieurs km de large, ça fait un gros paquet de glace qui tombe dans l’eau dans le même laps de temps. On entend donc très régulièrement quelque chose qui ressemble à un coup de tonnerre, et si l’on a un peu de chance ou que l’on est patient (on va dire qu’on a réuni ces 2 conditions), on peut observer plusieurs effondrements importants au cours d’une ballade sur les passerelles. On en verra un très beau juste en face de nous, et c’est franchement impressionnant. On retentera notre chance avec Charlyne et Adrien en milieu d’après-midi, mais le temps est à la pluie et la chance et la patience sont moins de la partie, on ne fera qu’entendre des grondements ou voir de petits éboulements.
Pour la seconde journée sur place, on va à nouveau casser la tirelire en partant pour une croisière sur le lac vers les autres glaciers du parc. Avec au moins 2 points d’intérêt majeurs : l’approche de l’immense glacier d’Upsala, qui a la particularité de produire de beaux icebergs, ainsi que celui de Spegazzini, dont la zone d’ablation est encore plus élevée que le Perito Moreno. J’avoue que j’étais un peu ronchon au début : on est sur un bateau de deux ou trois cent passagers, qui se ruent sur les étroits points d’observation à la première annonce du capitaine. Certains endroits sont même réservés à la queue pour une photo par des photographes professionnels. Si on ajoute à cela un temps couvert et un réveil un peu trop matinal pour les enfants, je me trouve des circonstances atténuantes à mon humeur.
Mais quelques éclaircies, et un peu de patience avant d’aller sur le pont, vont vite nous redonner le sourire. C’est beau, c’est immense, c’est sauvage, au moindre rayon de soleil les paysages d’eau et de glaces prennent la lumière et nous éblouissent, dans les deux sens du terme.
Devant le glacier de Spegazzini. Entre la glace et la doudoune de Charlyne, la perte des lunettes de soleil peut s'avérer fatale.
C’est pourtant sur le route du retour vers El Calafate, en milieu d’après-midi, que l’on va vivre notre expérience la plus mémorable du séjour. Comme souvent, c’est l’improvisation qui donne le grain de sel supplémentaire. Encouragé par Adrien, nous nous arrêtons à une estancia, histoire de voir quelques animaux, plus particulièrement des chevaux. La suite, Adrien a tenu à la raconter lui-même :
« L’estancia est une ferme. C’est très grand mais il n’y a pas beaucoup d’animaux. Nous y sommes entrés pour aller voir des chevaux, et le fermier est venu nous voir. Papa a expliqué qu’on voulait aller voir les chevaux, et le fermier nous a proposé une randonnée d’1h à cheval. Papa a accepté. Quarante cinq minutes plus tard, les chevaux sont prêts pour partir. Papa, Alice et moi partons avec le fermier, Marcos, et un « gaucho ». D’abord nous sommes partis au pas, jusqu’à un beau lac. Contrairement à chez nous, on conduit le cheval avec une seule main. Nos chevaux étaient très obéissants. Puis nous sommes arrivés dans une plaine. Marcos nous a demandé si l’on voulait aller au trot et au galop. On n’a pas refusé ! Puis il a fait un bruit et nos chevaux sont partis au galop. On allait vite. C’était super, mais sur une petite descente j’ai cru que j’allais tomber en avant. Puis on est revenu au trot. C’était amusant, mais pas autant que le galop. On a vu plein de lièvres et d’ibis. Une fois rentrés, on est allé voir les moutons et les agneaux, et on a vu plein de sacs de laine. Puis on a bu un chocolat chaud et on est allé jouer avec deux jeunes chiens de 7 mois, qui sautaient sur tout le monde, mais très gentils. Puis nous sommes repartis à El Calafete. C’était encore mieux que la marche sur la glace ! »
A vrai dire, Adrien était assez proche de l’état de transe en descendant de son cheval. Alice était sacrément fière, et j’avoue que moi aussi, qui n’ai pas dû chevaucher depuis une dizaine d’année, je devais avoir des étoiles dans les yeux. Charlyne, qui a tranquillement siroté un thé sur la véranda qui domine le lac, ne semble pas non plus en reste. Le lieu possède un charme fou, et les environs sont parfaits pour de belles randonnées à cheval. Nous avons un peu discuté avec le propriétaire après la balade, et l’on s’est convaincu, si l’on revient un jour en Argentine, d’aller passer quelques jours là-bas…
Mais pas cette fois-ci, nous prenons un bus dimanche matin pour rejoindre Puerto Natales, à 5h de là, puis Punta Arenas, à 3h supplémentaires. Nous voilà arrivé au Chili, donc la suite au prochain numéro !
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