2013 - Japon 1/2 – Tokyo et Kyoto

La liste des points communs entre le Japon et nos précédentes destinations n’est pas facile à établir. Ou plutôt si : ils roulent à gauche aussi. Et cela s’arrête là. Pour le reste, c’est assez unique, à bien des niveaux et dans tous les sens du terme.
Nous avions eu de nombreuses mises en garde sur la difficulté à se repérer à l’arrivée à Tokyo : un réseau de transport très complexe, peu d’indications en anglais, et peu de gens parlant anglais. Tout cela est un peu vrai, mais beaucoup d’efforts ont été faits par les Tokyoïtes pour faciliter l’arrivée depuis l’aéroport de Narita, et, passés des petits moments de doutes devant les innombrables pancartes en Japonnais, on réussit sans difficulté à prendre nos tickets et à rejoindre le quai du « morning liner » pour Ueno, quartier de Tokyo où nous avons réservé notre première nuit.
Sur le quai, premier exemple de pratique surprenante pour nous : des files d’attentes sont organisées face aux niveaux d’ouverture des portes du train. Pas des groupes entassés, mais de longues files indiennes qui partent en diagonale et au bout desquelles on finit par se ranger.
Arrivés à la gare de Ueno, nous optons pour un taxi pour rejoindre l’hôtel – on ne se sent pas encore suffisamment aguerris pour nous repérer dans les rues, surtout avec les bagages. Là, deuxième exemple d’exception culturelle : un taxi s’arrête, et un chauffeur très élégant en gants blancs descend nous aider à charger les bagages avec force sourires et courbettes. A l’intérieur, les sièges sont recouvert d’une sorte de dentelle blanche, tout est nickel, on répète de nombreuses fois aux enfants de ne pas mettre les pieds sur les sièges. On se remémore un taxi à Hong Kong qui nous hurlait dessus (en Chinois) parce qu’on ne savait pas lui donner notre adresse de destination en chinois. Ici, l’accueil est bien différent, le taxi parle un peu anglais, et comprend très vite où nous voulons aller. Nous arrivons 5 minutes après à l’hôtel, ou plus exactement au Ryokan. Les Ryokan sont les auberges traditionnelles japonaises, celle où nous allons loger reste quand même assez proche de nos repères occidentaux : la spécificité tient aux tatamis qui recouvrent le sol des chambres et aux futons qui font office de lit.
Il est 10 heures du matin, le temps est superbe et assez doux. Du coup, malgré une nuit assez courte dans l’avion (les enfants ont super bien dormi), on part pour se balader jusqu’à l’heure de la sieste. L’accueil de l’hôtel nous indique comment nous rendre jusqu’au parc d’Ueno et nous remet un plan détaillé du quartier, qui va être bien utile…
Nous sommes pour l’instant assez loin de ce qu’on imaginait de Tokyo. Nous nous baladons dans des petites rues calmes et assez vertes. L’habitat est dense mais peu élevé, essentiellement des maisons et régulièrement un petit temple.
Le parc d’Ueno est très grand et plutôt sympa, mais son intérêt réside surtout dans les musées et le zoo qui s’y trouvent. Manque de chance – ou de préparation – nous sommes au lendemain d’un jour férié qui tombait un lundi (jour de fermeture habituel), et toutes ces attractions sont fermées. On se console par un déjeuner au milieu du parc, au rapport qualité prix étonnamment bon, et une ballade dans le parc. De nombreux cerisiers bordent les allées, mais les fleurs sont toutes parties maintenant, nous avons un bon mois de retard pour le hanami…

Après une bonne sieste sur nos futons, nous repartons pour un petit tour du quartier et pour trouver un endroit pour dîner. Nous finissons par trouver un minuscule restaurant japonnais (4 tables), tenu par un couple qui a vraisemblablement largement dépassé la soixantaine. L’accueil est très chaleureux, mais question compréhension ce n’est pas simple : personne ne parle anglais, la carte est entièrement en Japonais et sans photo. Heureusement, quelques représentations assez réalistes des plats en vitrine vont nous permettre de passer commande, un peu au hasard quand même. Petite spécificité qui nous surprend : le restaurant est fumeur, ça nous rappelle les restaurants français il y a quelques années. Ce n’est pas dérangeant pour autant, et la cuisine se révèle succulente, et pour un prix qui nous rappelle davantage la Thaïlande que l’Australie ou la NZ.
Notre première escale à Tokyo va s’arrêter là, puisque nous avons prévu de repartir dès le lendemain matin pour Kyoto, qui n’est pas du verlan mais l’ancienne capitale impériale, aux innombrables temples et sites classés au patrimoine mondial.
Premiers pas dans le métro de Tokyo pour rejoindre la gare centrale. Comme à l’arrivée à Narita, c’est assez facile de se repérer, on a quand même besoin de l’aide d’un agent pour prendre nos tickets sur les bornes automatiques. On découvre aussi que les distances entre deux lignes d’une même station peuvent être longues, au changement on mettra une bonne demi-heure pour parcourir les huit cent mètres de couloir et d’escaliers avec tous les bagages.
A la gare de Tokyo, nous récupérons deux choses très précieuses : les JR pass, qui vont nous permettre de circuler en train à volonté – JR pour Japan Railways, pas pour mes initiales. Et surtout, nous récupérons Gwendal, qui arrive de Toulouse pour une semaine de vacances au Japon avec les Petits Lus. C’est toujours assez étonnant de retrouver des visages connus à l’autre bout du monde, et toujours très plaisant aussi.
Nous embarquons peu après à bord du Shinkansen pour Kyoto. Ce TGV au look futuriste nous séduit rapidement avec ses sièges espacés d’un mètre vingt qui s’inclinent au moins autant qu’un siège d’avion. Gwendal en profite pour finir sa nuit, pendant que les enfants dorment pendant quasiment les 2h30 de trajet.

Nous avons trois nuits prévues à Kyoto, ce qui peut paraitre confortable pour bien visiter, mais qui est en fait largement insuffisant pour être exhaustif. On met donc à profit la fin de journée pour visiter un premier temple, le Nishi Hongan Ji, dont les deux principaux bâtiments en bois en imposent tout de suite. On se promène pieds nus entre de vastes espaces de tatamis – où l’on n’imaginerait bien des combats de kendo ou autres arts martiaux - et des planchers de bois massifs parfaitement entretenus. On repart dans les petites rues pour rejoindre une tour d’observation, histoire de se repérer un peu et profiter du coucher de soleil imminent. La Kyoto Tower n’est pas très haute (~100m) mais permet quand même de dominer toute la ville et d’apercevoir les tours d’Osaka au loin. Kyoto est assez étendue et située dans une cuvette entourée de forêts. Hormis cette périphérie, les espaces verts sont plutôt rares en ville. Sur une carte illustrée de Kyoto affichée en haut de la tour, on repère un petit temple situé dans les hauteurs au Nord de la ville : Kurama. On le garde en mémoire si on a envie de prendre un peu l’air les jours prochains…
Le second dîner Japonais nous réserve encore de belles surprises. On nous conduit dans un sous-sol où, après nous être déchaussés, nous gagnons un petit espace fermé avec une table équipée d’une grande plaque chauffante. Nous sommes assis au niveau du sol, un dégagement sous la table permettant de s’assoir sans avoir à adopter la position du lotus. On attend 20 minutes avant de réaliser qu’un petit bouton permet d’appeler les serveurs, qui ne dérangeraient pas notre intimité sinon. On se régale d’omelettes et autres galettes qui sont déposés directement sur la plaque (on peut, si on le souhaite, composer et cuire soi-même son plat), ce qui permet de les garder chauds et de les dorer légèrement.

Contrairement à ce qui semble se passer en France – a minima dans l’ouest -, le printemps est bien arrivé au Japon. Notre deuxième journée à Kyoto va se faire sous un grand soleil qui commence à bien chauffer. Nous visitons successivement le Nijo Castle et le palais impérial, respectivement les anciennes demeures du Shogun et de l’Empereur. Anciennes puisqu’il n’y a plus de Shogun depuis 200 ans, et que l’Empereur réside plus volontiers à Tokyo, même si les couronnements et l’accueil de certains dignitaires se font toujours à Kyoto. Les deux endroits et les jardins valent clairement le détour, et l’on est manifestement pas les seuls à le penser vue l’affluence importante de touristes qu’ils suscitent.
Malgré une sieste d’Alice dans la poussette, à l’approche du goûter les enfants tirent un peu la langue, aussi opérons-nous une scission pour un retour à l’hôtel et activités cools (dessins etc…). Charlyne et Gwendal poursuivent de leur côté par une balade dans l’est de la ville qui est bordé par des temples et de beaux jardins, avant de repiquer au centre dans le quartier historique du Gion.
J’en profite pour faire un tour avec les enfants dans la partie supérieure de la gare. Ca peut sembler un peu étrange comme ballade, mais la gare de Kyoto n’est pas comme les autres : un bâtiment très moderne avec des escalators sans fin qui amènent à une terrasse/jardin et un « skywalk » avec vue sur la ville. On y trouve également plein de petits restaurants où nous trouverons notre bonheur pour le dîner.
Pour notre troisième journée à Kyoto, nettement moins ensoleillée – pour ne pas dire pluvieuse – nous allons prendre un peu d’air à Kurama. Un trajet de 30 minutes dans un petit train et on se retrouve dans des montagnes couvertes de cyprès avec l’ambiance d’un petit village. Nous empruntons un funiculaire pour nous rapprocher du temple, et à la sortie, comme par miracle, la pluie cesse. Le miracle s’arrête là, on ne va pas voir le soleil de la journée, mais vues les trombes d’eau qui vont tomber l’après-midi, on s’en sort plutôt bien pour la visite du matin. Après 20 min de montée, nous parvenons au Temple, niché au milieu de la forêt, avec une belle vue sur la vallée. Deux particularités donnent à cette visite un charme supplémentaire : le temple est en activité (avec des moines qui chantent en tapant sur un tambour), et il y a très peu de touristes, et aucun occidental, ce qui nous donne l’impression de sortir un peu des autoroutes touristiques de Kyoto.

Nous redescendons sur Kurama pour une expérience culinaire qui risque de rester dans les mémoires, pour des raisons différentes de notre dernière soirée à Tokyo avec Gwendal et Sébastien. Il s’agit d’un végétarien bien local, qui sert essentiellement des Soba (pâtes de sarrasin), mais nous nous lançons pour un plateau « découverte » où l’on n’a pas la moindre idée de ce qu’on mange. Certains plats sont bons, d’autres moyens, et un franchement immangeable. Les enfants avalent quand même quelques pâtes, et Charlyne en sort traumatisée. D’autant plus que dehors, il pleut des cordes. Mais l’intérêt de Kurama par mauvais temps, c’est qu’il y a un plan B : le onsen, autrement dit le bain de source chaude. On découvre les joies de cette institution japonnaise dans un bain au milieu des arbres. Les pratiques sont un peu déroutantes au début, mais on a vite fait de se détendre dans l’eau brûlante. Pour le coup, la pluie froide qui nous tombe dessus est plutôt la bienvenue.
On ne quittera pas Kyoto sans une petite virée nocturne avec Gwendal (Charlyne se dévoue pour rester dormir avec les enfants). Gwendal a en effet repéré des bars étranges où il m’emmène après dîner. Il s’agit en fait d’un long couloir reliant deux rues parallèles, avec de chaque côté, derrière des portes vitrées, des sortes de mini – bars où l’on tient au maximum à 5 ou 6, assis au comptoir et dos au couloir. Certains sont vides, d’autres pleins, on chante des karaokés parfois. Après quelques hésitations, on opte pour un bar vide qui devient à moitié plein avec notre arrivée. La patronne, la mine un peu renfrognée, ne parle pas un mot d’anglais, heureusement on a appris à dire bière en japonais le jour même. Après nous avoir servi, elle reste debout derrière son comptoir, juste en face de nous, à nous regarder. C’est un peu déroutant, et on a bien du mal à contenir un fou rire. Apparemment les clients réguliers ont tendance à venir dans ce type de bar pour se confier à la tenancière. Dans notre cas, et malgré des tentatives de dessins et de gestuelles plus ou moins compréhensibles, la langue restera un obstacle infranchissable. Mais notre patronne reste là, prête à écouter, au cas où la bière locale nous aiderait à parler japonais…
Nous rentrons sur Tokyo le samedi matin (11 mai). Le Shinkansen est manifestement plus régulier le we, un train part pour Tokyo au moins toutes les 10 minutes. On a l’impression de prendre un métro à grande vitesse, heureusement nous trouvons tous des places assises. Nous allons retrouver Sébastien qui arrive de Hong Kong pour le we et 2 jours de travail. Gwendal repartant également le mercredi, nous avons donc 4 jours à Tokyo et en bonne compagnie devant nous.
Pour une fois (à l’exception notoire de deux restau à Sydney et un à Hong Kong), nous allons profiter d’une ville pas seulement en journée, mais également en soirée. Et bien qu’étant mal placé pour juger les autres villes du parcours sur leur potentiel de vie nocturne, Tokyo est sans aucun doute une des villes les plus animées qui soit.
Nous nous basons dans le quartier d’Akasaka, un peu plus central que Ueno, et surtout proche de l’hôtel et des bureaux de Sébastien. Nous retrouvons un Sébastien en grande forme, affuté par ses entrainements de course à pied. Après un marathon en 3h10, il s’est inscrit pour un ultra-marathon, soit 100 km en 3 jours, en Mongolie en juin. J’ai craint un moment que son entrainement soit poussé jusqu’à l’abstinence d’alcool (comme c’était le cas avant son marathon), mais il va vite nous rassurer sur ce point. Les enfants sont ravis eux aussi de retrouver un visage connu, même Alice commence à se décoincer.
Pour les 4 jours à Tokyo, nous allons finalement avoir deux guides : Sébastien, qui connait bien la ville, plutôt pour les restaurants et soirées, et Gwendal, avide de la découvrir, va organiser les visites. Conclusion : on se laisse guider, et c’est pas désagréable de temps en temps !

Tokyo est immense, on s’en rend compte à deux occasions. D’abord au fameux carrefour de Shibuya, sorte de fourmilière rythmée par les feux, qui ne tarie jamais de piétons pour traverser. Le spectacle est d’autant plus saisissant vu d’une tour environnante, un bon tuyau de Sébastien. On a, à cette occasion, un premier aperçu de la ville, mais c’est au Sky Tree qu’on va prendre vraiment la mesure de sa taille : à 350m de haut (soit à peine plus que la moitié de la hauteur totale de cette tour toute récente), on ne parvient pas à voir la limite de l’agglomération, quelle que soit la direction observée. Il n’y a pas d’énorme centre d’affaire comme Manhattan, mais 3 ou 4 qui doivent chacun avoir la taille du CBD de Sydney.
Mais malgré cette taille monstrueuse, de nombreux quartiers sont finalement très agréables à parcourir à pied. C’est le cas d’Akasaka où nous sommes basés, mais aussi d’Asukasa avec son grand temple bouddhique entouré de jardins. Nous braverons également la pluie pour déambuler dans les grandes artères de Ginza, qui sont fermées à la circulation le we et offrent ainsi aux piétons des boulevards immenses bordés des plus belles boutiques. Nous retournerons également à Ueno, pour l’inévitable visite du zoo, dont les enfants se lassent moins vite que les parents. Charlyne et Gwendal prolongeront même l’après midi par une descente en bateau de la Sumida Gawa, rejoignant ainsi le magnifique jardin Hama Rikyu Teien.
Ballade à Tokyo #4 : la Sumida Gawa, et au second plan le tout récent Sky Tree, haut de 650m. Ca décoiffe !
Malgré ces nombreuses escapades et les kilomètres parcourus, on reste encore sur notre faim. Autant nous avons l’impression d’avoir eu un bon aperçu des grandes métropoles dans lesquelles nous nous sommes attardés sur le parcours (Hong Kong, Singapour, Sydney), autant Tokyo nous reste en grande partie inconnue après 4 jours de visite. Une bonne raison pour y revenir un jour !
Côté vie nocturne, nous allons nous cantonner au quartier d’Akasaka, et il y a largement de quoi faire. Niveau restaurant, le point d’orgue sera sans conteste celui que je ferai avec Seb et Gwendal le dernier soir – voir plus bas pour le menu détaillé par Gwendal. Et pour le reste, en dehors d’une relâche dimanche soir, nos deux guides vont nous sortir à tour de rôle.
C’est surtout samedi soir que l’on va se rendre compte de la vitalité de Tokyo. Non pas que les autres soirs soient moins animés, mais Sébastien aurait du mal à se coucher à 5h les veilles de journées de travail. Il pleut très fort quand nous sortons de l’hôtel en quête d’un premier bar, au point que nous nous équipons tous les trois d’un parapluie, l’objet le plus impersonnel des citadins japonais que l’on abandonne ou que l’on échange sans y prendre garde à l’entrée des restaurants, bars ou discothèques. Après 2 bars plutôt tranquilles, on s’essaie au petits bar/boite de sous-sols bien animés. C’est assez frappant de voir que les tenues vestimentaires semblent échapper à toute mode ou norme uniforme : même si c’est souvent recherché, les gens s’habillent un peu n’importe comment. Bref on ne s’inquiète pas trop de nos tennis aux pieds pour la suite de la soirée. Après un bar branchouille on se dirige vers une première discothèque, mais là gros revers, on se fait refouler faute de papiers d’identité. Génial, on a l’impression d’être jeune à nouveau ! La deuxième boîte est la bonne, on rentre grâce à une carte vitale pour Seb et une carte de plongée pour moi (à l’oral ça passe bien, il ne manque qu’un « r » pour en faire une « driving licence »). L’endroit est immense et très animé, on en sortira que vers 4h.
Les soirées de Tokyo sont renversantes. Bon c'est pris dans le metro de Kyoto pour amuser la galerie, mais ça collait bien avec le texte...
Deux détails vont alors étonner les néophytes que sommes Gwendal et moi. D’abord il y a plein de restaurants et commerces encore ouverts à cette heure-là, en fait qui ne ferment jamais, et la clientèle est au rendez-vous. On en profite pour aller déguster un ramen (bouillon avec des pâtes), qui sur le coup nous semble être le plat le plus délicieux de la terre. L’autre surprise tient au fait qu’à notre sortie du restaurant, le jour se lève déjà. Il n’est pas encore 5 heures et une nouvelle journée démarre déjà. Contrairement à Paris, la ville ne s’éveille pas, puisqu’elle ne semble même pas s’être endormie… On retiendra aussi que Séb s’est bien imprégné de la vitalité de Tokyo, après quelques heures de sommeil et avant qu’il ne soit midi, il avait bouclé un footing de 21 km (oui, un semi marathon, en 1h35…) autour du parc du palais impérial.
Autre témoignage irréfutable de l’intérêt de Tokyo la nuit : Charlyne ne va pas rentrer avant 1h du matin lundi soir, après avoir écumé restaurants et bars avec nos guides.
Quant à la dernière soirée, voici les impressions qu’elle a laissé à Gwendal - et que l'on partage largement ! - :
Dernier soir à Tokyo
Fin du séjour au Japon pour moi, nous retrouvons Sébastien à notre hôtel pour un « au revoir » aux enfants et à Charlyne. Hier c’était Madame, mais ce soir en effet c’est Jean que l’on sort pour le dernier jour à Tokyo, Sébastien rentrant le lendemain sur Hong Kong, moi sur Toulouse et la famille Roptin pour Nikko afin d’échapper à l’excitation de la ville, de retrouver du vert, de la campagne et qui sait, des jardins japonais qui n’ont aux dires de Jean toujours pas été visités.
Ce soir c’est vraiment un grand soir car nous avons le droit, Sebastien et moi à trois bisous d’Alice, il parait que c’est rarissime et du coup nous en concluons que nous avons vraiment la côte auprès de la petite Roptin. Les parents sont ravis !
La soirée, la dernière entre nous (i.e. entre hommes) devrait se passer sans excès, étant donné que nous aurons besoin d’être en forme le lendemain. Les raisons sont propres à chacun de nous trois : Jean se lèvera forcément tôt car à 4 dans une chambre de 12m², le réveil se fait en même temps pour tout le monde, et sera matinal grâce ou a cause des enfants (on va dire, grâce …). Sebastien achèvera son business trip par une dernière journée de travail, et de mon coté mon bus pour m’emmener à l’aéroport partant à 7h30, d’où un réveil encore plus matinal. Ayant décidé de ne pas rater l’avion et étant pris d’une grande fatigue qui m’amena à piquer un bon somme dans le lobby de l’hôtel, ce début de soirée, je vais le vivre un peu ensuqué…
Pour commencer, notre itinéraire nous amena au 36 ième étage de l’hôtel ANA intercontinental pour prendre une bière et surtout admirer la vue sur la mégalopole tokyoïte (Jean aime bien monter dans les tours). Ayant amené, pour sa plus grande joie, Charlyne et surtout pour ne pas faire de jaloux, la soirée pour Jean ne pouvait que commencer dans les hauteurs. Ce bar d’hôtel m’inspire deux choses bien contradictoires. Nous sommes à Tokyo et je ne me sens pas à Tokyo. Grace aux grandes baies vitrées nous ne pouvons ignorer que nous sommes bien à Tokyo, la vue est superbe, les hauts des grattes ciel étant éclairés de sorte de lampions rouges clignotants, cela ressemble vaguement à des guirlandes de noël, quelques masses sombres se détachent dans la nuit, notamment celle du palais impérial et de ses jardins. Etonnamment depuis le Mixx (le bar de l’hotel), il parait à porter de main, les dimensions nous échappent, celle ville est réellement immense, un peu trop pour moi. La contradiction vient du lieu, en effet par son coté très international, on se dit qu’il pourrait très bien être à Londres, Paris ou New York ou dans n’importe quelle grande ville. Les serveurs font moins japonais et s’adressent à nous en anglais, ce qui vu notre facies est plutôt normal, mais ce qui tranche avec les autres sorties, bars et restaurants que nous avions fait jusque-là. Il faut dire en effet que les japonais ne parlent pas vraiment l’anglais, certains restaurants n’ont aucun menu en anglais, ce qui peut rendre parfois (et nous le verrons par la suite) le choix difficile.
Nous sommes donc au cœur d’un Tokyo bouillonnant et pourtant, effet de la mondialisation oblige, un peu éloigné du japon typique que nous sommes venus visiter.
La carte, le serveur, l’ambiance feutrée et le décor composé de bouteilles de champagne me fait donc penser à un mélange anglo saxons et français. Anglo saxon par la langue et le standard des barmen. Et français, pour le coup, par la présence du champagne et de nombreux mots français dans les cartes et les décors. Ceci n’est pas étranger au fait que c’est un chef français qui tient le restaurant de l’hôtel.
Je constate donc que même dans ce pays très civilisé, pour certains choses, le standard des hôtels internationaux est donc plutôt occidental qu’oriental ou du moins asiatique.
Finalement la seule spécificité de notre bar est la possibilité de fumer dans ce type de lieux, la cigarette n’est donc pas bannie et notre voisin le sait bien et nous le rappelle en crapotant son cigare acheté au comptoir.
La seconde spécificité que je n’ai pas mentionnée précédemment, c’est que Jean est venu en tongue (de plage) plutôt qu’en chaussure, mais c’est un détail et cela n’a choqué personne puisque le bar était quasiment désert.
Nous ne nous éternisons pas car l’heure passe, déjà près de 22h et la faim se fait de plus en plus sentir. Nous quittons donc l’hôtel pour rejoindre Akasaka, à quelques encablures (quand on connait le chemin…la veille avec Charlyne nous avons mis 45 minutes au lieu de 10 minutes!), ce quartier est avant tout un quartier d’affaire et de restaurants essentiellement fréquentés par des « salarymen ». Sébastien, qui a vécu une année au japon avant la crise de 2008, nous explique donc les habitudes des japonais actifs. Ces hommes employés dans les tours du quartier travaillent beaucoup et dorment peu, de plus ils travaillent tard et le soir, et plutôt que de rejoindre leur femme, vont dans les restaurants du quartiers manger et boire parfois très tard, ne rejoignant leurs pénates que vers minuit, pour le coup, ils ne dérangent pas beaucoup leur femme et ne voient pas leurs enfants. La coutume étant de continuer la journée avec les collègues autour de verres débordants de saké. Ceci tous les soirs de la semaine, il va sans dire à nous trois que nous n’envions pas la vie de ces travailleurs japonais.
Pour le coup, et grâce à eux, même après 22h, ce n’est pas trop difficile de trouver un restaurant dans le quartier. La difficulté vient plutôt de la très grande abondance de restaurant (il y en a partout, dans les étages, au rez de chaussé et en sous-sol des immeubles, c’est dire) et de la lecture des cartes, pas toujours, voire rarement en anglais. Pour le coup les japonais ont trouvé la parade, ils prennent en photo les principaux plats et les mettre en devanture, parfois ils font des maquettes en plastique à l’échelle 1, ce qui ne donne pas forcement envie, sauf pour compléter la collection du musée Grevin.
Pour une fois, et comme c’était notre dernier soir, je proposais à Sébastien et Jean, de faire un « vrai » japonais, réalisant en le disant que je ne savais pas vraiment à quoi cela correspondait. En effet les japonais ont plusieurs types de restaurants, ceux de sushi et maki, ceux qui proposent des sortes de brochettes, des tempuras, voir des omelettes ou pierrades et aussi les bols de soupe appelés « ramen » (que l’on peut boire en revenant de boite de nuit passé 4heures du matin par exemple…). Je dois l’avouer en une semaine, je ne suis toujours pas un grand spécialiste de la gastronomie japonaise, je peux juste vous dire qu’elle a le mérite d’être variée et quasiment toujours très bonne.
Ayant posé cette condition à Sébastien et espérant ne pas avoir été trop exigeant, Sébastien se mit à réfléchir quelques instants sur un choix de restaurant.
Il ne mit pas longtemps à nous proposer un restaurant « très bon » dans son souvenir sans nous en dire plus, je ne sais pas ce que Jean en pensait, mais personnellement , je lui faisait confiance, ayant en tête qu’au japon, bien souvent on ne comprend rien aux menus et parfois on ne sait pas ce que l’on mange mais que c’est bon.
Nous traversions donc le quartier d’Akasaka pour rejoindre ce restaurant, « très bon » aux dires de Sébastien qui, sans nous avouer avoir un doute sur la localisation, avait un peu de mal à cacher son hésitation. Pour le retrouver, à partir de là ou nous étions c’était à gauche, puis à gauche, puis encore plus loin, au coin à gauche… Je me dis que ce n’était pas forcement gagné, car logiquement, nous pouvions alors le rejoindre plus vite par la droite du pâté du maison, on plutôt d’immeuble… Du coup, comme on se rapprochait de l’hôtel et du restaurant de curry dans lequel nous nous sommes rendus dimanche soir, nous plaisantions sur le fait d’y retourner pour prendre un curry force 10, Sébastien ayant largement passé l’épreuve du curry force 5…(la carte comportait une échelle de piment : 1 etant considéré comme sweet, 3 comme « bien relevé », 5 comportant la mention :« à vous d’assumer les conséquences », et 10… « seulement pour ceux qui ont réussi finir un plat de niveau 5… »)
Après quelques minutes de marche, nous arrivâmes à un carrefour, et Sébastien descendit au sous-sol d’un immeuble où ce trouvait un restaurant. Tout étant écrit en japonais, autant dire que l’on ne comprenait strictement rien, ni au nom du restaurant, ni à la carte. Sebastien souhaitait vérifier si c’était le bon. Jean et moi préférions rester sur le trottoir pour admirer le paysage.
Puis Sébastien revint de la cave et nous dit, « il me semble que c’est celui là, ça y ressemble mais je n’en suis pas complètement sûr, par contre c’est tout en japonais et le restaurant propose un menu avec 5 plats à 3800 yens (« c’est cher », aurait dit Charlyne), je ne sais pas ce qu’on y mange, je n’ai pas tout compris, il ne parle pas anglais !». Pour le coup nous étions devant un vrai japonais, et même s’il était impossible de savoir ce qui nous attendait, nous étions tous partants, en quelque sorte pour l’inconnu… On se dit tous « on verra bien ! ». Intérieurement, je me dis que c’était de bonne augure car avec une carte complètement en japonais, aucune photo et des tenanciers qui ne comprennent pas l’anglais, j’étais sur pour notre dernier soir de faire un « vrai » restaurant japonais. De plus, nous commencions à avoir vraiment faim, à 22h30 passé.
Les escaliers descendus, le sentiment se confirmait, à la tenue du serveur, habillé avec une espèce de kimono pour hommes et un bandeau sur la tête. Tout le decorum étant typiquement japonais. Le restaurant était petit, quelques tables et un bar, deux japonais y finissaient leur repas, une autre table était occupée. Le décor était planté, et agrémenté de beaucoup de bouteilles de saké.
Je me dis que c’était certainement le restaurant le plus typique du voyage avec celui de Kurama quelques jours plus tôt dans la banlieue de Kyoto.
Nous étions tous à table, pas le peine de regarder la carte puisqu’il n’y avait ni photo ni mot d’anglais, le chef nous rappellera en japonais le menu et pour nous trois impossible de savoir que ce nous allions avoir ni en quelle quantité. Personnellement et sans le montrer à Sébastien et Jean, j’espérais que le repas serait suffisamment copieux pour ne pas se faire un « ramen » dans la foulée. Je pense que cette interrogation était aussi celle de mes voisins de table. Cette interrogation se confirma par le premier plat, un minuscule bol de … impossible de le savoir, je dirais des pousses d’algues et des feuilles dans un jus rouge qui faisait penser à la couleur du beaujolais. Excellent au gout mais très difficile à finir avec les baguettes…et du coup nous ne saurons pas ce que c’était.
Voila, nous étions bien dans un restaurant japonais, à part le prix du menu, le reste c’est l’inconnu : nous ne savons pas ce que nous allons manger, et quand le plat arrive, nous ne savons pas ce que c’est et c’est bon, c’est l’essentiel. Nous avons beau demander au serveur, il ne sait pas nous dire en anglais ce que c’est, faisant toutefois un sacré effort pour nous écrire les noms des poissons en anglais sur des morceaux de papier, et même en anglais, on ne sait pas ce que c’est ! Une autre chose qui est sure, c’est que ce premier plat n’existe qu’au japon.
Les plats arrivent les uns après les autres, tandis que les autres clients quittent le restaurant. Nous restons seuls avec le chef qui fait penser à un sumo en tenue de judoka et le serveur très souriant en kimono. Une bonne atmosphère s’installe entre notre groupe et les restaurateurs voire une forme de complicité, ils sont curieux de nos réactions et se rendent compte que nous ne comprenons rien à ce que nous mangeons. Nous nous mettons à compter les plats car s’ils sont excellents, ils sont plutôt légers. Et de mon coté, je me demande si ce sera suffisant pour me rassasier. Je ne suis pas le seul…
Le second plat est composé de trois petites choses, des boules blanches qui me font penser aux boules que fabriquent Adrien depuis trois jours à base de mouchoirs agglomérés, des sortes de sushis accompagnés de petits pois dans leur tiges. J’apprends à mes dépends qu’il vaut mieux ne mettre dans sa bouche que les petits pois plutôt que l’ensemble du haricot…(la faim sans doute …) et des boules qui font penser au gout à du boursin avec des noix … La discussion est essentiellement portée sur ce que l’on mange car même en bouche, c’est parfois difficile (voire tout le temps en fait) de savoir que l’on avale….surprenant ! C’est la première fois que cela m’arrive au restaurant.
On se dit que c’est bon mais cela ne nous suffit pas à nous rassasier. La suite est aussi bonne que difficilement racontable sachant que pour ne pas changer nous sommes paumés au beau milieu de toutes ces plats à base de poisson cru pour la plupart.
Le troisième nous est plus facile car il se compose d’un morceau de saumon mariné et cuit à l’eau, d’un épi de mais jeune et d’une échalote marinée et cuite sans doute au court bouillon. Ne sachant que faire de la tige de mais, le serveur vient à notre aide en nous montrant que seul l’épi se mange et qu’il est à l’intérieur des feuilles. On passe vraiment pour des charlots !
Nous commençons à être enthousiasmés par la variété des plats. Sebastien nous expliquant que les plats sont préparés suivant l’humeur du chef et ce qu’il a sous la main. Le saumon mariné à un gout incomparable avec ceux que j’ai mangé en France.
Nous continuons par les sortes de sashimi de poisson crus, du thon et du poisson blanc puis de la sole crue coupée en fine tranche. Là notre enthousiasme est bien réel ! Ce qui rend amusante la chose c’est que nous ne savons pas quel sera le plat suivant, ni combien nous en aurons. Nous ne savons plus distinguer plats et entre-plat, et nous avons du mal à compter, en quelques sortent « lost in translation ». Pour compléter le tableau, Jean nous propose de remplacer la bière par du saké. Même refroidit par mon verre de saké de Kyoto, j’adhère à l’idée sans vraiment hésiter. J’avais demandé un saké chaud dans un bar de Kyoto et pour le coup j’avais déployé des efforts considérables pour le finir, tellement je le trouvais imbuvable. Comme pour les plats, le chef nous amène la carte qui contient au moins 15 sortes de saké, à part le prix, on ne comprend rien, et bien difficile de faire un choix. Nous nous laissons guidés par le serveur qui nous propose un verre dans le milieu de la carte, sur quel critère ? Impossible de le savoir, mais le serveur est très content de son choix et nous aussi. L’aventure vers l’inconnu continue… Pour le coup il sera froid et nettement meilleur. Un deuxième verre continuera d’accompagner nos plats…
En tout nous avons vu défiler beaucoup plus que 5 plats, plus ou moins grands mais tous très raffinés. Sebastien nous informe que normalement on finit par du riz ou un plat à base de riz, Jean et moi, nous sommes près à la croire car jusque là, il ne s’est pas trop trompé. Le chef prend plaisir depuis l’arrière du bar à nous regarder. Etant donné que nous sommes à présent les derniers et qu’il continue à travailler, nous nous disons que ce n’est pas fini. Je ne sais plus combien de fois nous avons dit « c’est bon, c’est vraiment bon !!» mais c’était certainement lié au fait que nous avions à faire à un repas de surprises et de choses très fines.
Le dernier plat arriva et c’était un set de makis accompagnés d’une sauce blanche. Je répéterais pendant le repas que je ne n’étais pas un fan de ce type de plat mais là je dois avouer que cela n’avait rien à voir avec ce que je mange en France. Le plat est esthétique et à la différence de « nos » makis, le riz est légèrement chaud … En effet ils sont fait pendant que nous mangeons et ils sont réellement excellents. En clair, après deux verres de saké, c’est l’humanité autours de ces makis, recouvert d’œufs de saumons et de jeunes pousses de plante.
Nous sortons de cette cave après avoir dit plus d’une fois « arigato » au chef et au serveur qui semblaient tout aussi content que nous de la soirée. Ce qui est bizarre c’est que j’aurais le plus grand mal à la conseiller, ne connaissant ni l’adresse, ni le nom du restaurant, ni ce que l’on y mange vraiment (à part des plats à base de poissons). Jean et moi, nous remercions aussi plus d’une fois Sébastien de nous avoir emmené là et surtout nous avoir offert le repas.
C’est bien la première fois que je fais un restaurant et en sortant, je ne connais pas son nom, son adresse, les plats que l’on a mangés. C’est aussi la première fois que je rencontre des restaurateurs aussi chaleureux et accueillants.
Jean ne voulait surtout pas en rester là. On continua la soirée par un bar, Jean ayant une grande envie de boire du whisky japonais pour finir la soirée et rentrer plus tard que la veille avec Charlyne.
Tournant résolument le dos au premier bar de la soirée, on se laissa guider par un rabatteur japonais dans un autre sous sol du quartier. Chacun étant persuadé que c’est bien dans les sous-sols que ce soir là que nous allions trouver les meilleures choses que le japon pouvait nous proposer.
Finalement, nous sommes rentrés assez tard ce dernier soir à tokyo…
Si Tokyo est une ville super intéressante pour les adultes, c’est un peu moins évident avec les enfants (surtout quand l’un ou l’autre des parents a du mal à émerger le matin, ce qui fut souvent le cas) , nous partons donc de la mégalopole en même temps que Gwendal et Seb, mercredi 16 mai, pour nous mettre au vert à Nikko. On risque de regretter la compagnie de la semaine qui vient de s’écouler, mais l’attrait des sites que nous avons encore prévu de voir devrait en partie nous consoler…
Merci à Gwendal et Sébastien, c’est le genre d’incruste que l’on adore. Nous allons également avoir la joie de retrouver Stéphane (notre voisin) en rotation à Pékin fin mai, et Christophe et Matthieu, eux aussi navigants chez Air France, que nous verrons à la toute fin de notre parcours à Shanghai. Cette fin de voyage prend des allures d’arrivée d’étape du tour de France en haut de l’Alpe d’Huez, et on ne s’en plaindra pas !
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